Ce que j'écris, pourquoi, pour qui et les surprises de mon parcours littéraire

mercredi 24 juin 2026

Mais comment vous est venue l’idée ?

C’est la question qu’on me pose au sujet de Lisbonne avait raison et sa réponse constituera le premier article que j’écrirai sur le sujet depuis qu’il est publié.

Nous sommes en 2005. Où en était alors ma carrière littéraire ? Elle n’avait pas commencé. Cependant, mes tiroirs virtuels étaient bourrés de manuscrits. Côté roman, je venais d’achever une œuvre monumentale de science-fiction, Poussière de sable, qui m’avait valu des refus en rafale de la part des éditeurs et j’avais commencé mon histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition, Diabolo pacte, grâce auquel je mettrai un pied dans ce foutu milieu.

Un jour j’écoute un champion du monde de course de fond attribuer son titre à Dieu. Plus tard dans la journée je trouve sur la toile un article du Figaro sur le tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755. La date a de quoi marquer les esprits. Or l’article explique qu’à l’époque, après le séisme, on a fait effectuer des sondages pour en connaître les causes dans un esprit tout à fait scientifique. Ces deux informations se sont percutées dans mon esprit : En 2005 on s’en réfère de plus en plus à Dieu, quel que soit la façon qu’on le nomme alors qu’au XVIIIe siècle, dans le très catholique royaume du Portugal, on passait outre le symbolisme de la date correspondant à la Toussaint et au jour des morts. Je me suis dit qu’il était urgent de retourner au siècle des Lumières et j’ai éprouvé la nécessité d’écrire sur le sujet.

J’ai commencé une histoire que j’ai qualifiée de nouvelle. Trois archéologues portugais découvrent sur un chantier de fouilles un ossuaire et un cadavre parfaitement conservé vêtu à la mode du XVIIIe. Je suis auteur de science-fiction et c’est en tant que telle que j’aborde l’histoire. Je viens d’ailleurs de relire les 8 pages A4 que j’avais oubliées et j’avoue les avoir trouvées plutôt bonnes. Modestie, quand tu nous tiens !

C’est plus tard qu’est naît dans mon esprit le personnage de Lorenzo Azzopardi que l’on suit depuis sa naissance à Gênes en 1738 jusqu’à sa vingtième année. Pour la première fois je m’apprêtais à faire vivre, non seulement des personnages de fiction, mais encore les figures qui ont fait l’Histoire. Je m’appliquerai à mettre en scène l’affrontement entre le jésuite Gabriel Malagrida et le futur marquis de Pombal. C’est aussi pour lui que j’ai tenu à écrire ce roman. Pourquoi ? Je répondrai à la question dans le prochain article.

 


vendredi 12 juin 2026

Nicolas, mon premier éditeur a quitté ce monde

plus de dix années après avoir disparu du monde de la littérature qu’il avait longtemps passionnément servi : représentant, libraire, éditeur, puis auteur lui-même avec L’énigme de la Diane. L’Arganier a publié mon premier roman, Diabolo pacte dans sa collection facéties et l’a transformé en un bel objet, soigné, peaufiné, ayant bénéficié des services d’une correctrice free-lance. Nous étions en 2009. Le monde du livre était alors différent : déjà et encore très sélectif, mais tout passait par le libraire. Pas de clause pour acheter des livres moyennant remise et les vendre dans des salons non adossés à des librairies. Je prenais alors les livres chez Privat et remettait au libraire chèques et liquide. Tout un trafic !

Nicolas déplorait que les éditeurs indépendants n’aient pas accès à la presse. En effet, il a fallu que je tombe par hasard, en randonnant à vélo, sur un journaliste de la Dépêche du Midi pour que je passe à la télé. « Il n’y a que la loi qui pourrait changer les choses », disait-il. Les choses n’ont pas changé. Mon 7ème livre est sorti en janvier et toujours pas d’article dans la Dépêche.

À l’époque tout le monde n’avait pas de box et de messagerie. Le 1er avril 2008 Nicolas a simplement choisi de m’appeler sur mon portable qui était fermé parce que je recevais à ce moment-là une agence pour un achat immobilier. J’ai manqué tomber à la renverse en écoutant son message : on m’appelait au sujet de Diabolo pacte. Mon entourage m’a parlé d’un poisson d’avril. C’est dire si on croyait en moi !

Quand la décision fut prise de me publier, Nicolas m’a écrit que L’Arganier était une famille. Il fallait qu’on se voie de visu dès que possible. On m’a éditée sans avoir vu ma tête car la seule occurrence où j’apparaissais alors sur la toile était celle des Fêlés du Grand Colombier, épreuve cyclotouriste dont l’enjeu est de grimper et de descendre les terribles pentes du Grand Colombier dans l’Ain par 3 de ses faces. J’appartiens à cette confrérie et je ne saurai dire s’il est plus ardu d’être publiée à compte d’éditeur que de se payer le Grand Colombier.

Maintenant on rencontre ses éditeurs par visio-conférence. Je doute qu’il y ait la même chaleur.

Si je suis sur Facebook c’est sur ses conseils.

Hélas ! L’aventure n’a pas duré deux ans. L’Arganier déraciné, il a fallu que je reprenne mon bâton de pèlerin virtuel pour placer mon 2ème roman. Une surprise m’attendait en 2022 : les éditions d’Avallon souhaitaient ressusciter mon histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition où je n’avais pas mis les pieds au moment où je l’écrivais. Depuis j’en sais quelque chose d’expérience et j’aurais matière à vous faire rire et pleurer sur le sujet.

Nicolas m’a mis le pied à l’étrier. Ne me restait qu’à enfourcher l’animal pour partir à la rencontre de mon public. Ce que j’ai appris depuis c’est que seul le lecteur détient le pouvoir de transformer une haridelle en pur-sang. Lecteur, tu sais à présent ce qu’il te reste à faire !

Nicolas Grondin



 

 

mardi 19 mai 2026

Label Emmaüs

Courant mai, les éditions Auzas ont procédé à la réimpression de mon recueil de nouvelles, Coup de grain. De l’encre bien fraîche, preuve noir sur blanc que le stock du premier tirage arrive à expiration et que la demande des lecteurs ne s’est pas tarie. Je suis toujours ravie de dédicacer ce recueil vendu au prix modique de 9 , rassurée quant à l’intérêt du public pour la nouvelle. Le genre a du succès dans les pays anglo-saxons, moins chez nous. Je l’ai découvert pendant mes études d’allemand, dans le texte. Après-guerre, la pénurie de papier était telle de l’autre côté du Rhin que les éditeurs pouvaient difficilement se permettre d’imprimer des pavés. Outre la relative brièveté des textes qui permet d’achever la lecture d’une histoire d’une seule traite, le genre permet de naviguer d’une ambiance, d’un destin à l’autre avec le même ticket à durée illimitée. L’histoire préférée de l’un n’est pas la favorite de l’autre. C’est ce qui me touche à chaque retour de lecture. Ce Coup de grain me suit partout en dédicace, que ce soit en salon du livre ou en librairie. J’ai mes raisons pour cela. La première est d’offrir une expérience de lecture accessible aux hésitants craignant d’embarquer sur les courants d’un roman-fleuve. Un petit tour en compagnie d’Alexander the Great ou d’Agnès B. et de son bonnet d’âne, avec un détour par Triste Trieste, un lancer de Boomerang avec l’adresse d’Un enfant de la balle peuvent donner l’envie de rigoler un bon coup en 300 pages (Diabolo pacte), de franchir des ponts jetés entre la France et l’Allemagne (Elwig de l’Auberge Froide) et surtout de traverser l’Europe du Sud de Gênes à Lisbonne au cours d’un siècle des Lumières écartelé entre obscurantisme et Raison (Lisbonne avait raison). La deuxième part d’un constat plutôt attristant. Il arrive en effet que les romans fassent envie mais qu’on se rabatte sur le recueil pour son prix modique. Baisse du pouvoir d’achat et concurrence des écrans : deux banderilles plantées depuis des années dans des chairs en voie de putréfaction. S’y ajoute le coup de lance fatal : non pas le livre électronique qui suscite un intérêt modéré, mais le marché du livre d’occasion qui pratique des prix imbattables, y compris pour les nouveautés. Un jour de dédicace en librairie un couple est venu à ma table me raconter que le matin même ils avaient acheté toute une bibliothèque pour 15 euros déboursés. Si plus personne n’achète du neuf, du nouveau, je vous laisse deviner l’avenir de la création littéraire. De plus, si vous l’ignorez, sachez que sur l’occasion l’auteur ne touche rien alors qu’il n’est pas mort depuis 70 ans et même qu’il est suffisamment vivant pour constater les dérives du système. Par exemple, une de mes connaissances commande en librairie mon 2ème roman paru en 2014. Le livre arrive, il paye cash 22 euros, ouvre le livre et lit une dédicace que j’ai rédigée de ma blanche main. Conclusion : la librairie n’a pas commandé un livre neuf auprès du distributeur de mon éditeur mais s’est achalandé à prix réduit sur le marché de l’occasion. Je vous laisse juger du processus. J’imagine la tête de mon lecteur ayant lu – avec délectation peut-être - les neuf premières nouvelles du recueil de nouvelles signé de mon nom et avec à l’intérieur le fameux « Label Emmaüs », j’imagine sa tronche quand arrivé à la dernière, La carotte et le pilon, il déchiffre au deuxième paragraphe de la page 178 ces lignes :

Le temps et la crise n’arrangeaient rien. Entre la sortie de mon premier livre et la publication du suivant, la bourse de mes éventuels lecteurs s’était encore aplatie. Les mœurs s’étaient adaptées. Désormais, on se meublait et s’équipait dans les vide-greniers, se fringuait dans les friperies et, naturellement, se cultivait pour pas un rond ou presque dans les boîtes à livres et les vide-bibliothèques.



 

vendredi 1 mai 2026

Cyclistes, je vous hais

Cette fois, le dlog ne parlera pas de littérature, d’éditeurs, de lecteurs, de salons, etc. Je laisserai à d’autres, qui l’ont déjà fait largement, le soin de disserter sur Grasset et les 200 démissionnaires. Je ne reviendrai pas non plus sur les différents éditeurs qui ont fait le choix de me soutenir. Bref, le dlog aboiera et n’empêchera pas le carnaval éditorial de passer ou de trépasser. Dimanche, je dédicacerai à 800 km de Saint-Germain-des-Prés dans un salon convivial qui reçoit un public convergeant vers un patelin du Tarn-et-Garonne portant le nom prédestiné de Molières (avec un s). Quel rapport avec ma vie de locomautrice ? Aucun sinon les réseaux sociaux où je suis depuis que mon premier éditeur m’a conseillé d’y être. Et j’y lis des posts s’étalant sur des guerres en passe de se mondialiser ou bien ridiculement picrocholines. Certaines font pourtant des morts et des infirmes, comme ces chocs entre vélos et autos ou vélos et piétons. C’est déjà malheureux un accident sans ce déferlement de haine qui parcourt les commentaires des réseaux. Je les hais, ai-je lu à propos des cyclistes. De prolo qui allait pointer à l’usine puis se trimbaler jusqu’à la mer pour les vacances, voilà que l’usager du cycle est devenu ce bobo qui frime sur deux roues à assistance électrique ou ce dangereux délinquant qui emmerde autant l’automobilisme que le piéton qu’il emboutit sur les trottoirs. Il y a certes des cyclards, mais toujours autant de chauffards, ces derniers pouvant se prévaloir de l’ancienneté. Je me souviens d’une histoire remontant au siècle dernier, à une époque où on ne risquait pas téléphoner au volant ou au guidon. Les tramways roulaient même dans Toulouse.

Il s’appelait Charles, comme le Grand, plaisantait-il, et vivait avec sa femme, Pauline, et sa fille, Paulette, au rez-de-chaussée d’une maison de l’ancienne place Marengo. Y subsistaient les vestiges de l’école vétérinaire, un atelier où on avait soudé maintes fois la remorque de mon tricycle rouge, un petit café où les platanes s’épanchaient sur les tables et une taverne auvergnate qui servait du cochon. Bref, un endroit charmant où la médiathèque José Cabanis et des immeubles se voulant futuristes n’avaient pas encore poussé. Seule ombre au tableau : les commodités se trouvaient au fond du jardin, les pièces étaient sombres et Paulette, la fille de la maison, avait l’âge de ma grand-mère maternelle. Quand nous remontions d’en ville vers notre HLM de la cité Jolimont, nous nous arrêtions, ma mère et moi, chez Charles, Pauline et Paulette. Charles avait été suffisamment jeune et avenant pour avoir inspiré une passion malheureuse à mon arrière-grand-mère à laquelle il avait préféré Pauline. J’ai bien connu Mémé et Bon-Papa sans pouvoir imaginer ce qu’ils furent avant de sombrer dans la décrépitude. Charles avait d’ailleurs commenté autour de la table où nous étions reçues :

Les enfants ne peuvent pas comprendre que nous aussi nous avons été enfants.

C’était autour d’un évènement marquant qu’il se plaisait souvent à évoquer : son frère et lui, vêtus tous deux d’une cape rouge, avaient été coursés dans les rues de Pamiers par un taureau échappé de l’abattoir. En ce temps-là, il pouvait courir, n’étant pas encore affligé d’une boiterie chronique. Je le prenais par la main pour lui apprendre à marcher et Charles se prêtait toujours de bonne grâce au jeu. Je croyais en toute innocence pourvoir rééduquer sa pauvre jambe. Un jour, il nous expliqua comment il était devenu infirme.

Il circulait dans Toulouse à vélo. Il l’avait enfourché en toute confiance, ignorant qu’à la fin de la journée il ne serait plus le même.

J’ignore le lieu de l’accident, si ce n’est qu’il découle d’un triptyque fatal : un vélo, un tramway et deux piétonnes. Deux femmes, a précisé Charles, deux piétonnes donc, redoutant de rater le tramway qu’elles avaient en ligne de mire au point de traverser la chaussée sans regarder et en courant. Par contre elles n’ont pas manqué de renverser le malheureux cycliste qui roulait sur sa voie mais, pour son malheur, entre elles et le tramway si convoité. Charles était par terre avec une jambe fracassée que la chirurgie de l’époque n’a pas réussi à réparer. Il était condamné à boiter jusqu’à sa mort, en 1968. Il n’a pas eu le temps d’assister à la chute du Grand du grand Charles.

Vue sur l'ancienne école vétérinaire de Toulouse


 

dimanche 12 avril 2026

Martin, Thomas, Gérard et moi

Parler de livres qu’on a écrits, normal. Parler du livre qu’on est en train d’écrire : l’auteur veut se rassurer. Parler de livres qu’on écrira : l’auteur a de l’avenir. Mais parler d’un livre qu’on voulait écrire et que finalement on n’écrira pas : l’auteur tient à passer pour fou. Dans un but publicitaire, après tout on n’écrit que depuis ses propres failles. Ou alors il est vraiment toqué. N’est-ce pas le propre des artistes ?

Pour en revenir au seul sujet qui vous intéresse, moi, j’ai formé, des années durant, le projet d’écrire une fiction sur un évènement historique qui m’avait marquée et impressionnée : La Guerre des Paysans en Allemagne. Avant même que j’ai commencé à me documenter, j’ai découvert qu’en 2024 Gérard Mordillat avait écrit Les Exaltés. Abandonnant mon projet, j’ai publié une critique sur Babelio :

Il n’est guère étonnant que Gérard Mordillat se soit attaqué à la « Guerre des Paysans en Allemagne » en nous offrant une fiction solidement documentée puisque Friedrich Engels notamment figure dans la bibliographie. Cette révolte qui enflamma les Allemagnes de 1524 à 1526 dépasse le stade de la jacquerie : c’est une révolution et Thomas Müntzer un révolutionnaire. Le peuple, écrasé de corvées et d’impôts, croit voir lever une aube de justice suite à la révolution réformatrice amorcée par Martin Luther. Prêtre catholique, il s’oppose à la munificence de l’Église romaine et à sa vénalité, révélé par le juteux commerce des indulgences. Payez et vous serez lavé de tout péché ! Mais, tandis que Müntzer se défroque et monte au casse-pipe révolutionnaire, Martin Luther prend fait et cause pour les princes et l’ordre établi et exhorte les puissants à anéantir ceux qu’ils traitent d’enragés avec de la paille d’avoine dans la tête.

Faire vivre des personnages historiques : pari réussi pour l’auteur. Je me suis aussi attachée aux personnages de fiction, notamment à Luca, fils naturel d’un pape, et aux deux nonnes défroquées qui retournent au siècle et assureront une descendance tant à Luca qu’à Thomas Müntzer. Un formidable livre d’histoire et d’aventures.

Remontons dans le temps. Je suis étudiante en allemand et j’ai décroché une bourse du ministère des Affaires Étrangères m’autorisant à faire le 1er semestre de ma 2ème année à Stuttgart avec 5 condisciples toulousains. Nos examens de fin d’année doivent se limiter aux oraux car nous sommes dispensés des écrits et des unités de valeur qui y sont rattachées. Nous débarquons en France alors qu’une grève bloque les universités. Les cours n’ont plus lieu et nous apprenons que les étudiants de Stuttgart devront passer, en plus des oraux, tous les écrits. Nous devons rattraper un semestre de cours. Parmi les matières, figure la Reformation (Réforme). Je suis littéralement happée : Martin Luther qui dénonce le système des indulgences jusqu’au schisme qui aboutira à la Réforme, Thomas Müntzer qui prêche la justice sociale, le renversement du système féodal et de tout système inégalitaire, le peuple qui prend la hache et la fourche contre les lances et la cavalerie, et Luther qui prend fait et cause pour les princes et laisse éclater son mépris et sa haine de la populace. Avouez que c’est un sujet puissant mais que je laisse de côté au profit des conflits franco-allemands et de C. G. Jung (Elwig de l’Auberge Froide) et des Lumières dans l’Europe du Sud (Lisbonne avait raison).

Survient en 2020 une série d’évènements inouïs : le Covid 19 sert la mise en place d’un grand confinement, du port du masque en plein air, du pass sanitaire puis vaccinal. Avant que nous ne sortions de 2 mois d’assignation à domicile, l’Académie des Livres de Toulouse demande à ses auteurs d’écrire sur la sortie du confinement. Je sors une nouvelle intitulée D’une guerre l’autre dans laquelle on suit les incarnations des personnages principaux dans trois époques : la 1ère en Allemagne, 5 ans après la Guerre des Paysans ( la belle Gudrun accusée de sorcellerie va subir l’ordalie par l’eau, son frère, qui s’est fait imprimeur en ville, n’est plus là pour la secourir), la 2ème pendant la Première Guerre mondiale (Gaston, ouvrier typo qui a la phobie de l’eau, fraternise dans la tranchée avec le Professeur qui a écrit un essai sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; il finit gazé) et la 3ème en avril 2020 (Gaëlle, étudiante obèse et asthmatique, travaille les week-ends dans un supermarché pour payer sa colocation et rédige un mémoire sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; infectée, elle se retrouve en réanimation…) Cet écrit, passé à la trappe, ne fera pas partie du livre publié. Plus tard, je l’intégrerai à un recueil que j’intitulerai La clairière aux fées et six contes germains. J’ai à ce jour cessé de lui chercher un éditeur.

Peut-être que ma passion pour le sujet qui remonte à ma jeunesse ne donnera pas plus que ce conte germain vu la qualité littéraires des Exaltés de Gérard Mordillat. Je suis en outre en plein accord avec lui à propos des deux années qui nous furent imposées au prétexte du covid.

 "Le Covid-19 et le confinement qui nous a été imposé est au niveau mondial un test incroyable de soumission à l'autorité". Gérard Mordillat fait le rapprochement avec les études menées par le sociologue Stanley Milgram sur le consentement à l'autorité, dans les années 50 et 60 aux USA : "Dans le confinement on nous fait obéir à des ordres dont on a aucun moyen de vérifier le fondement, et au nom de la sécurité, nous courbons la tête et nous obéissons, ça ressemble beaucoup à ces expériences, il faut habituer la population à obéir, voilà ce que m'a inspiré ce confinement".

 


 

jeudi 26 mars 2026

En conclusion, le pitch

Le dlog chipote. Il a l’impression d’avoir tout dit et n’a pas envie de sortir les clichés sur les salons du livre ou les séances de dédicaces en librairie avec leur lot de bonnes surprises et de mésaventures qui n’intéressent que ceux qui les vivent, en l’occurrence les auteurs. Murmurer à l’oreille des lecteurs ou vendre à la criée est pourtant un défi  que nous n’imaginions même pas aux moments solitaires de la création.

Le dlog pourrait vous parler de ma nouveauté, Lisbonne avait raison, à laquelle il a d’ailleurs dédié une page. Or, étant dans la phase où je prépare sa présentation, je préfère en laisser la primeur au public, des fois qu’il aurait la curiosité de visiter le dlog. Si c’est votre première fois, soyez rassuré : le dlog n’aboie pas et ne mord pas. Il se contente de vous faire la fête. S’il avait une queue, il l’agiterait.

Retour en 2005, l’année où j’ai éprouvé la nécessité d’écrire sur les Lumières dans l’Europe du Sud à la faveur du 250ème anniversaire du tremblement de terre de Lisbonne. La date avait  de quoi marquer les esprits : 1er novembre 1755.

Je sortais de l’écriture d’un monument de science-fiction, Poussière de sable, maintes fois refusé puis publié en 2018 par un éditeur spécialisé qui a tiré sa révérence fin 2022. Tout ça pour dire que le premier jet de mon Lisbonne était naturellement d’inspiration fantastique, s’inscrivant dans les littératures de l’imaginaire. Puis j’ai tourné casaque et entamé la version qui est aujourd’hui sortie des presses. Dix années de travail à rendre fluide la construction, pourtant linéaire dès le départ. Pour une fois, je suivais la flèche du temps qui semble filer de la naissance à la mort. Pas de saut dans le temps comme dans Elwig de l’Auberge Froide. Pas de mise en abyme comme dans Diabolo pacte. Si le prologue n’a pour ainsi dire pas bougé, j’ai refait cinquante fois la fin.

Allez, voilà le pitch qui sort de ma bouche maintenant que le livre est tiré : C’est l’histoire de Lorenzo Azzopardi qui naît et grandit à Gênes dans une famille patricienne, une famille de négociant. Pour une raison dramatique que je ne dévoilerai pas (sourires fréquents) il est obligé de quitter Gênes, d’embarque sur un navire de commerce, traverse la Méditerranée, infestée de pirates, fait escale en Corse qui est encore génoise, débarque à Valence, traverse l’Espagne de l’Inquisition, des moulins et des théâtres ambulants et arrive à Lisbonne la veille du grand tremblement de terre…




lundi 23 février 2026

Coût du livre et coup de barre

Le dlog semble au régime jockey tant j’ai négligé de lui donner sa pâtée bihebdomadaire, voire mensuelle. À l’étiage, l’animal ! Et puisqu’on parle de vaches maigres, après avoir parlé de vaches tout court, venons-en à un sujet qui me navre, d’autant plus que mon dernier est sorti en librairie le 23 janvier : la baisse drastique des ventes de livres.

Même les gros maigrissent, paraît-il. Les autres passent derrière les affiches sans les décoller. Les explications pleuvent : moins de lecteurs, moins de pouvoir d’achat, les livres trop chers ! Trop chers ! Allons donc. Outre la concurrence du marché de l’occasion, le livre, hélas, est de moins en moins un objet de désir. Par contre, l’écriture est un sport comptant de plus en plus d’adeptes et l’édition un graal que pléthore de postulants rêvent d’atteindre. Quand on a décroché le pompon le manège se transforme parfois en galère : à la reddition des comptes, le chat est maigre et les royalties n’ont rien de royal. En guise de consolation, sachez que nos lecteurs sont nos amis. Comme eux, ils se comptent sur les doigts d’une main.

Faut pas dec, faut pas pleurer sur son sort, faut surtout faire rigoler le lecteur. Faîtes le rire et il a déjà la main qui s’avance vers le portemonnaie.

Personnellement, côté prix du livre, mon dernier éditeur, les éditions du 81, est extrêmement raisonnable. Prenons un exemple, un roman, par hasard le mien. Une affaire à ne pas manquer ! Avec Lisbonne avait raison, en 342 pages et pour moins de 19, vous partez de Gênes, vous prenez le bateau, faites escale en Corse puis vous débarquez à Valencia et, après une traversée de l’Espagne, vous vous retrouvez à Lisbonne à la veille d’un évènement d’un retentissement universel. Lequel ? Vous le saurez pour le prix modique de 1890.ui me navre, d’autant plus que mon dernier est sorti en librairie le 23 janvier : la baisse drastique des ventes de livres.

Même les gros maigrissent, paraît-il. Les autres passent derrière les affiches sans les décoller. Les explications pleuvent : moins de lecteurs, moins de pouvoir d’achat, les livres trop chers ! Trop chers ! Allons donc. Outre la concurrence du marché de l’occasion, le livre, hélas, est de moins en moins un objet de désir. Par contre, l’écriture est un sport comptant de plus en plus d’adeptes et l’édition un graal que pléthore de postulants rêvent d’atteindre. Quand on a décroché le pompon le manège se transforme parfois en galère : à la reddition des comptes, le chat est maigre et les royalties n’ont rien de royal. En guise de consolation, sachez que nos lecteurs sont nos amis. Comme eux, ils se comptent sur les doigts d’une main.

Faut pas dec, faut pas pleurer sur son sort, faut surtout faire rigoler le lecteur. Faîtes le rire et il a déjà la main qui s’avance vers le portemonnaie.

Personnellement, côté prix du livre, mon dernier éditeur, les éditions du 81, est extrêmement raisonnable. Prenons un exemple, un roman, par hasard le mien. Une affaire à ne pas manquer ! Avec Lisbonne avait raison, en 342 pages et pour moins de 19€, vous partez de Gênes, vous prenez le bateau, faites escale en Corse puis vous débarquez à Valencia et, après une traversée de l’Espagne, vous vous retrouvez à Lisbonne à la veille d’un évènement d’un retentissement universel. Lequel ? Vous le saurez pour le prix modique de 18€90.




90.

mercredi 11 février 2026

Elwig für immer

En attendant ma première dédicace en librairie ou en salon du livre de Lisbonne avait raison, j’ai eu la surprise, de la part d’un club de lecture devant lequel je dois présenter ma nouveauté, d’un intérêt pour mon thriller franco-allemand qui a aussi un pendant historique : les nombreuses dédicaces me valent l’honneur de devoir le résumer en public. Donc j’ai lu pour la première fois Elwig de L’Auberge Froide car l’avoir écrit n’est pas la même chose. Vaste programme car ce n’est pas un roman de 100 pages mais un roman-fleuve qui, tel le Danube dont la source est entachée de scènes de crime, emporte le lecteur à travers les territoires, de Toulouse à Königsberg-Kaliningrad en passant par Vienne et Baden-Baden, et les époques, de 1805 à nos jours, des guerres napoléoniennes à la 2ème guerre mondiale, telle qu’elle fut vécue de part et d’autre du Rhin. Un roman qui prend naissance dans le torrent du romantisme allemand et prend de la puissance avec les avancées de la science des âmes qui devaient déboucher sur le plus ésotérique des pionniers de la psychanalyse, tous germanophones : Carl Gustav Jung. Six années à respirer les cuirs des selles et des harnachements dans l’écurie de l’Auberge Froide, pour en faire un roman qui m’aura littéralement hantée : une histoire dans laquelle les personnages sont confrontés aux tourmentes de la grande histoire et où le vélo-cheval sert de machine à voyager dans le temps. Chaque phrase a été passée au gueuloir. Je suis curieuse d’apprendre ce que mes derniers lecteurs, qui sont surtout des lectrices, y auront vu. Puisque le livre leur appartient.Sur mon site, j’ai consacré divers articles et une page à Elwig de l'Auberge Froide. Il en sera de même pour mon 7ème livre, ce Lisbonne qui m’a aussi hantée des années durant, dont chaque phrase a été passée au gueuloir, mais écrit de façon linéaire car, de même que les sujets et les ambiances de mes fictions sont éclectiques, jamais je ne construis de la même manière. Des fois où je m’ennuierais et piquerais du nez sur le livre !

Ils sont sept et ne sont pas des nains


mardi 3 février 2026

Un tour en Ferrari ?

2026 démarre sur les chapeaux de roues : Lisbonne avait raison est sorti en librairie le 23 janvier. Un roman historique écrit dans la veine picaresque dont l’idée a germé dans ma tête il y a vingt ans, au 250ème anniversaire du grand tremblement de terre de Lisbonne. Une Ferrari de feu lancée sur les routes terrestres et maritimes de l’Europe du Sud au siècle des Lumières.

L’ayant achevé en 2015, il m’aura fallu dix ans à le peaufiner, à le construire pour enfin le voir paraître sous la forme d’un bel objet d’encre et de papier, 342 pages, léger en poids et en prix. Encore une fois, l’éditeur a choisi de conserver mon titre.

J’avais eu le temps de remarquer qu’il me suffisait d’annoncer le pitch pour susciter l’intérêt de mes interlocuteurs :

 Lisbonne avait raison raconte l’enfance et la jeunesse d'un patricien génois contraint à l’exil après avoir commis un crime à l’âge de douze ans. Séparé de sa petite gouvernante, Gelsamina, qui lit l’avenir dans les tarots, Lorenzo embarque dans un navire de commerce, fait escale en Corse, traverse l’Espagne et parvient à Lisbonne la veille du grand tremblement de terre de 1755. Tout en se formant aux métiers de meunier et de comédien, Lorenzo se frotte à la société de la finance montante, déjà en proie à ses contradictions : Lumières et obscurantisme, science et magie.

 Voici la 1ère chronique de mon 7ème livre. https://rainfolk.com/2026/01/lisbonne-avait-raison-claudine-candat.html?utm_source=facebook&utm_medium=jetpack_social&fbclid=IwY2xjawPr7A1leHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEelPIoa7YhvcAkB9jds-MFegQx_wN9BHX2R3I55XVU2Ph4T2Cl1u_M0dNdETI_aem_zn5uip42oGaiDdArsZyuVQ



 

mercredi 14 janvier 2026

Poésie, encore et pour toujours

Après le bilan, je m’en retourne à mon dernier sujet d’actualité : la poésie. Mes poèmes de jeunesse, sous le titre Mon opium est dans mon cœur, a été primé trois fois. Veuillez me pardonner de rabâcher, mais le fait me tient à cœur justement parce que les personnes que ces prix auraient transportées au faîte de la fierté n’étaient plus là pour assister à leur remise ni à la présentation de mon recueil à la demande de clubs de lecture ou de poésie.

Je pense à mes parents. Ma mère a vécu jusqu’à la sortie du premier volet de Poussière de sable qui lui est dédié, après la publication de Diabolo pacte et d’Elwig de l’Auberge Froide. Elle avait commencé à lire L’épopée euskalienne dans la belle version imprimée de RroyzZ éditions (hélas disparue) alors qu’elle était déjà atteinte de la maladie qui l’emporterait l’année d’après. Par contre, mon père n’a jamais eu la joie de me voir éditée. Il était trop diminué pour pouvoir lire les manuscrits de Poussière de sable et de Diabolo pacte.

Ils ont été mes premiers lecteurs et les premiers à trouver ma poésie… poétique.

Je pense à Nana, ma grand-mère paternelle, le seul membre de ma famille à avoir eu des ambitions littéraires, mais sans franchir le pas qui vous enchaîne à la page blanche. Je dois remonter au siècle passé, à une époque où on n’avait pas le téléphone et où on apprenait à écrire à la plume sergent-major trempée dans l’encre. Nana parlait d’écrire sa vie. Elle n’aurait pas eu besoin de forcer le trait pour en faire un roman.

Par exemple, avec une autre gamine, à Saint-Béat, petite bourgade au pied des Pyrénées, elle avait eu l’idée de vider les encriers pour y pisser dedans. Le lendemain devinez dans quoi les écoliers ont trempé leur plume !

À l’âge où ma grand-mère pissait dans les encriers, j’écrivais mes premiers poèmes. Rassurez-vous, je faisais aussi des bêtises. Aujourd’hui je me dis que c’est elle, cette femme libre formée à l’école de la IIIe République qui aurait été le plus fière de mes trois prix de poésie. Elle est partie à l’orée de mon adolescence. Mon enfance avait pris fin, ce vert paradis d’insouciance où le temps lambine, où l’avenir semble radieux et le présent épargné. Nana disait : C’est la roue qui tourne. Et j’imaginais une fillette assise sur une roue de moulin à eau, vue dans un livre, et la roue tourne, tourne jusqu’à l’inclinaison fatale où la malheureuse est projetée dans les flots. Ma roue prend la mauvaise pente, mais il m’est encore donné de rire, d’écrire et de chanter mes vers sur une musique intérieure.

 


 

mercredi 31 décembre 2025

Inventaire 2025

L’année touche à sa fin. Pour que vous fassiez une idée des crédits et débits de l’année dans mon escarcelle d’auteur (auteurice escagasse mon oreille et, pour être complète, je devrais dire au féminin romancière et poétesse) donc afin de soupeser mon escarcelle littéraire, il convient de se souvenir du bilan de l’année passée. Un clic, et vous y êtes : https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/2025/01/inventaire-secret.html.

Finalement, mon roman historique, Lisbonne avait raison, qui devait d’abord paraître en 2026 pour être avancé en 2025, sortira en librairie le 23 janvier.

Je ne résiste pas à la tentation de dévoiler sa 1ère de couverture.

En janvier, j’ai signé le contrat et la publication de ce roman, que j’ai peaufiné dix années durant, m’aura occupée mentalement d’un bout de l’année à l’autre. Et ce n’est pas fini !

Après avoir reçu en septembre le premier prix de poésie des Gourmets de Lettres pour Mon opium est dans mon cœur, recueil déjà titulaire de deux prix, je me suis rendu compte que depuis 2022 j’avais reçu un prix chaque année : en 2022, de la part des Arts Littéraires pour mon recueil encore inédit, en 2023 le premier prix du roman de l’Académie des Livres de Toulouse pour Diabolo pacte et, de la même académie, le premier prix de poésie 2024.

Côté création, j’écris toujours de la poésie que découvre goutte à goutte mes amis du Gué Semoir, club de poètes toulousains animé par le poète franco-suédois, Svante Svahnström qui compose dans les 2 langues :

https://www.librairie-gallimard.com/listeliv.php?base=paper&form_recherche_avancee=ok&auteurs=svante%20svahnstrom)

Côté roman, j’ai commencé la rédaction d’une saga familiale à partir de l’histoire de mon arrière-grand-mère basquaise née en 1872 qui quittera sa patrie souletine pour voyager, accablée de chagrin à la mort de son fiancé basque et militaire et, pour finir, tuberculeux. Après avoir essayé le couvent, elle larguera les amarres et fera escale à Toulouse. À plus de trente-cinq ans, elle s’éprend d’un peintre-décorateur de dix ans son cadet, mon arrière-grand-père. À trente-huit ans, ignorant sa grossesse, elle donne naissance à une petite prématurée, ma grand-mère qui recevra sur ses lèvres le baptême basque : ail et jurançon. Bien sûr, sachant peu de choses, force m’est de romancer et de ressusciter ces ancêtres en leur offrant des vies qu’ils n’auront pas vécues. Je remonte d’ailleurs plus avant dans le temps pour épouser les thèmes de la contrebande de guerre, de l’insoumission à l’armée et de l’émigration aux Amériques, sans oublier l’école de la IIIème république et ses multiples assauts contre la langue, l’euskara par laquelle les Basques se définissent.

D’ailleurs, depuis octobre 2024, j’apprends cette langue géniale, non indo-européenne, avec l’association Denak Bat où je me suis fait des amis, et notamment une amie qui se reconnaîtra si elle lit cet article.

Je poursuis ma quête de salons du livre et de dédicaces pour 2026. Si vous êtes organisateur ou libraire, n’hésitez pas à me contacter. Et à l’année prochaine !



lundi 15 décembre 2025

2022 :mon futur était en marche

Puisque nous sommes dans les prix, continuons sur la lancée avec le recueil 3 fois primé, Mon opium est dans mon cœur (https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/p/mon-opium-est-dans-mon-cur-poesie.html).

Je ne vais pas vous parler de la réception de ces prix, de la joie de monter sur l’estrade et de recevoir son diplôme et les bandeaux rouges qui vont avec.

Le recueil de mes poèmes de jeunesse a d’abord été primé en tant qu’inédit par les Arts Littéraires de Saint-Orens-de-Gameville. C’était en mars 2022 et ce qui m’a décidé de concourir dans la catégorie poésie l’année d’avant c’est l’absence de manifestations littéraires ou une participation conditionnée à la production d’un pass d’abord sanitaire puis vaccinal. N’ayant pas l’intention, en plus de la rédaction d’auto-attestations débiles, de montrer un QR code à un vigile ou à un quelconque citoyen faisant fonction de, je me suis donc abstenue. J’ai mis à profit mon retrait de tout salon et séance de dédicaces pour bâtir mon blog de brique et de broc.

Donc, je concours, je reçois en mars la liste des lauréats et j’ai l’immense surprise de lire mon nom avec une mention spéciale du jury de poésie. Le premier prix est remporté par Nathalie Vincent-Arnaud.

Je suis fort logiquement invitée à la remise des prix, au cocktail et au dîner. Un hic : le pass est toujours obligatoire bien qu’il apparaisse à présent que le vaccin n’empêche ni l’infection ni la transmission. Finalement, je réserve ma place au repas tout en dépêchant le compagnon de chacun de mes livres pour me représenter à la remise des prix. Peu avant la date, l’étau se desserre, les portes sont grandes ouvertes. Je retrouve le bonheur de circuler et de converser, un verre à la main, parmi mes semblables.

Et c’est ce soir-là que je trinquerai avec une représentante de la future maison d’édition de mon recueil de nouvelles, Coup de grain.

Et en 2025, la lauréate de 2022, Nathalie Vincent-Arnaud sera jurée au prix de poésie des Gourmets de Lettres, le dernier en date reçu par Mon opium est dans mon cœur.

Comme quoi la vie peut-être un roman et apporter de bonnes nouvelles. Quant à la poésie, elle est semblable à l’oiseau qui prend son envol, quelle que soit la solidité de la branche. Moins la piste d’envol est sûre, plus l’envie et le besoin de la quitter se fait pressant. Peut-être. Bon, je voulais vous parler autre chose quant à ma poésie. Ce sera pour 2026 car dans le prochain je ferai le bilan de l’année.

Les lauréats 2025 au pied de l'hôtel d'Assézat


mercredi 19 novembre 2025

Le rouge vous va si bien

Les jurés ont rendu leur verdict, les lauréats des grands prix littéraires sont désignés. Leurs éditeurs se réjouiront d’engranger le produit des ventes générées par de si prestigieuses distinctions.

Je n’en dirai pas plus sur le sujet, sauf qu’à la parution de mon premier roman certains libraires l’ont mis en avant par rapport au Goncourt de l’année.

En tant que romancière, je ne suis pas concernée par la question, mes éditeurs étant hors concours. Nous devons, nous et moi, viser moins haut.

Il n’en reste pas moins que, quel que soit le prix, les jurés doivent trier et désigner des lauréats au détriment de leurs concurrents. Les candidats malheureux ont parfois du mal à s’en remettre. C’est normal, ils ont lancé dans la course des poulains qu’ils ont nourris et bouchonnés avec amour.

Il m’est arrivé de recevoir des récompenses : Diabolo pacte, mon premier, primé à sa parution puis à sa réédition par un nouvel éditeur. Mon opium est dans mon cœur, poésie, trois fois primés. J’y reviendrai dans un prochain article.

Revenons à Diabolo pacte. La première édition a été récompensée par les Gourmets de Lettres placés sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, et sa réédition aux éditions d’Avallon a reçu en 2023 le premier prix du roman de l’Académie des Livres de Toulouse. La couverture en jette avec le bandeau rouge intégré.

On peut toutefois douter de l’impact d’un prix, qui ne fait pas partie des grands, sur les lecteurs potentiels et les ventes.

Or l’autre jour, je téléphone à une librairie de la lointaine couronne toulousaine pour une proposition de dédicace. On m’avertit tout de suite que ça ne se fait pas comme ça. Le libraire, toutefois, part à ma recherche sur la toile et tombe sur la dernière couverture de Diabolo pacte. Le bandeau rouge du prix lui tape dans l’œil. Il me dit que c’est intéressant et qu’il en parlera à l’organisation d’un salon du livre sélectif. Car, en matière de salons, il y a des gradations et des niveaux : ceux qui invitent du beau monde dont je ne fais pas forcément partie même publiée à compte d’éditeur, et ceux ouvert à tous, comptes d’auteur et autoédités compris, souvent pleins à craquer côté auteurs et déserts côté public.

Donc ce salon-là, que vante libraire, serait intéressant. En tout cas, j’avais écrit à l’organisation qui ne s’est pas donné la peine de répondre. Vais-je finir par être invitée ? En tout cas, quand je me suis entendue appelée Claudine, j’ai compris que le bandeau rouge du prix avait fait son effet.



 

mercredi 29 octobre 2025

Mémoires d’une larve

C’est moche une larve avant qu’elle ne se transforme en papillon, si tant est qu’elle en ait les moyens. Il en va de même des romans. L’auteur pond une larve, autrement dit un manuscrit, le cœur battant d’espoir qu’un éditeur accepte de financer sa métamorphose. Je parle bien sûr de l’édition à compte d’éditeur, pas de contrats avec un prestataire de service prêt à publier n’importe quoi pourvu que l’auteur paye ou s’engage à acheter x exemplaires.

Mitraillée de lettres de refus suite à l’envoi de mon 1er essai romanesque, Poussière de sable, je me suis relevée en décidant de sublimer cet échec par l’autodérision. J’ai pris le parti d’en rire et de faire rire les éditeurs et, si possible, de futurs lecteurs. Et j’ai tapé directement à l’écran les premières lignes d’une histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition, entraînée d’une main par mon nabot boiteux d’éditeur, Garin Bressol, et de l’autre par la grotesque Josette Gougeard. Le titre m’est tout de suite apparu : Diabolo pacte.

À peine avais-je posé le point final que je me suis rendue à la remise d’un prix littéraire. Je me suis fait dédicacer le livre primé puis j’ai attendu dans la file d’attente pour aborder l’heureux lauréat :

Je viens d’écrire un roman. Pouvez-vous me donner un conseil ?

Jean-Claude Ponçon m’a répondu :

Pour cela il faudrait que je lise ce que vous écrivez.

Justement, j’avais la disquette (nous étions en 2005) et le fameux fichier sur moi. Un pur hasard.

Je peux vous donner la disquette. Je vous jure que ce n’était pas prémédité.

J’ignore si Jean-Claude m’a cru. En tout cas, il a pris la disquette avec mes coordonnées.

Deux mois s’écoulent. Un jour le téléphone sonne sur mon lieu de travail et j’entends :

― Ponçon.

J’ai failli tomber du fauteuil.

À un certain moment j’ai parlé du livre. Et j’ai été douchée.

― Ce n’est pas un livre.

C’était dit franco de port et d’emballage.

― Mais…

Il y avait un mais.

― Mais vous avez du style et ça c’est bien à vous.

Conclusion : il fallait que je réécrive tout pour que ce soit publiable. Je me remets donc au travail, entamant la version qui trouvera ses éditeurs.

À quelque temps de là, une amie de passage à Toulouse avait commencé à lire Diabolo pacte chez une amie commune ayant apprécié le manuscrit. Je lui ai dit qu’il ne fallait pas lire cette version car j’étais en train de tout refaire. Elle insistait pour l’emporter avec elle dans le train. Je n’étais pas d’accord et j’ai repris ma larve-manuscrite reliée avec une spirale. Elle me l’a carrément arrachée des mains. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience du potentiel de mon ovni déjanté.

Jean-Claude Ponçon est devenu mon parrain littéraire.

Diabolo pacte a été publié par un éditeur du Quartier Latin.

Cet éditeur a fait faillite, il m’arrivait ce qui arrive dans le roman.

Diabolo pacte a été réédité par un éditeur de Montpellier.

Les deux éditions ont reçu un prix littéraire.

Quant aux lecteurs, certains rient en lisant. D’autres lisent en riant. Certains y voient une tragédie. Et vous ?

Quant à moi, dans l'attente de la parution de mon 7ème livre, j’y lis la confirmation de la dureté et des difficultés du monde de l’édition. Je pourrais dire : Antoine Maurier c’est moi. Si vous ne savez pas qui est Antoine Maurier, il est encore temps de rire en lisant Diabolo pacte, sous format papier ou numérique.

éditions d'Avallon à gauche
L'Arganier à droite


samedi 11 octobre 2025

Ce que je dois à Hervé Bazin

Décédé en 1996 sur son lieu de naissance, Angers, voilà des lustres qu’il ne faisait plus parler de lui. Est-ce que Vipère au poing est encore étudié au collège ? Je l’ignore. En tout cas je l’ai lu en classe de 3ème.

Aujourd’hui, son auteur est remis en selle à la faveur de l’enquête-évènement d’Émilie Lanez, Folcoche, le secret de Vipère au Poing.

Des images me reviennent en mémoire : la géniale Alice Sapritch dans le rôle de Folcoche, Folle et cochonne, mère indigne martyrisant ses fils, Chiffe et Brasse-Bouillon. Chiffe, comme son sobriquet l’indique, s’écrase au contraire de Brasse-Bouillon qui résiste. Ce dernier n’est autre qu’Hervé Bazin, l’auteur de cette autobiographie à succès, succès aussi phénoménal qu’épouvantable l’anti-héroïne du livre.

Aujourd’hui ce livre se voit qualifié d’imposture. Folcoche ne serait ni une folle ni une cochonne. Par contre, Brasse-Bouillon serait un pervers affabulateur ayant tâté de l’hôpital psychiatrique. Émilie Lanez réhabilite la figure de cette mère, victime d’un féminicide littéraire. Je dirais même plus en osant le terme de matricide littéraire.

Soit. Mais de là à qualifier Vipère au poing d’imposture littéraire voilà un Rubicon que je ne franchirais pas.

Hervé Bazin est avant tout un écrivain, un conteur, et un écrivain a le droit d’écrire ce qu’il est dans la nécessité d’écrire, dût-il commettre des matricides ou des parricides de papier. Il a parfaitement le droit d’inventer, c’est son métier. Être artiste n’est absolument pas incompatible avec la case psychiatrie. Sur un coup de sang, il est arrivé à certain de se trancher l’oreille et, sur un coup de spleen, à un autre de se pendre à une lanterne.

On regrette déjà que des générations d’adolescents furent invitées à lire cette « imposture ». J’en fais partie et, à la dernière ligne, Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing, je me suis reconnue. Rassurez-vous, ma mère était aimante et adorable. Cette phrase, j’aurais pu la jeter à la face de mon institutrice de CE2 :

Merci madame P ! Je suis celle qui marche une vipère au poing.

En effet, cette année-là, j’ai subi ce que l’on nomme à présent un harcèlement continu de la part d’une enseignante qui me haïssait ouvertement. Comme Brasse-Bouillon, j’ai résisté. Cette expérience m’a inspiré une nouvelle figurant dans mon recueil publié aux éditions Auzas.

Si j’ai attisé votre curiosité et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire Coup de grain et à deviner de quelle nouvelle il est question.



 

dimanche 28 septembre 2025

Volatile

Comme la fumée des cigarettes qu’on n’a plus le droit de fumer. Non fumeuse, je regarde pourtant avec nostalgie ces vieux films où Alain Delon s’en grille une dans une salle d’attente d’hôpital. Une hérésie pour notre société aseptisée ! Or ces images sans odeur lèvent le parfum d’une époque sans qu’elles ne nous fassent tousser.

Volatile comme les idées qui vous trottent par la tête et puis s’effacent. Convoquées, elles ne reviennent pas. Les chipies !

Or ce blog se nourrit d’idées depuis plus de 3 ans. Il tourne et se retourne autour de la littérature en général, de la mienne en particulier. Une publication est une aventure en soi. Quant à l’histoire de ma prochaine parution, Lisbonne avait raison, c’est un roman qui s’étale sur 10 ans et plus, tant l’accès aux éditeurs est semé d’embûches. Avec ce roman picaresque, j’aurais tout vu ! Vous le verrez à votre tour quand je commencerai à vous conter par le menu ma Longue Marche.

Mais revenons à la volatilité de l’idée. Les idées constituant la nourriture des romans, je les note dans un cahier pour ne pas qu’elles s’échappent.

Il y a 2 jours j’aurais dû faire la même chose. Une idée pour le blog mais la flemme de l’écrire dans l’illusion que je la retiendrai. Eh bien non ! La coquine s’est envolée. Impossible d’y remettre la main dessus. Hélas, pas de filet à idées à l’image du filet à papillons des enfants de jadis ! Tout ce dont je me souviens d’elle c’est que c’était une idée, sinon géniale, du moins intéressante.

En poésie aussi il faut avoir des idées. Je participe aux réunions du Gué Semoir, club de poètes toulousains qui se réunit une fois par mois sur un thème choisi. Chaque mois je cherche dans mon recueil paru, Mon opium est dans mon cœur, et dans celui en cours d’écriture un poème correspondant. Parfois, j’en écris un pour l’occasion, trop heureuse que l’inspiration ait daigné me frapper. Pour notre rencontre d’octobre, le thème est Enivré. Normal car la rencontre, sur deux jours, combine poésie et dégustations de vins du Quercy.

Depuis longtemps, j’avais dans l’idée d’écrire un poème sur le papier d’Arménie que ma grand-mère maternelle faisait brûler après le repas du dimanche dans la mansarde qu’elle occupait 10 rue-des-36-Ponts. Les maisons, propriété de l’école Montalembert, ont été rasées depuis pour faire place à une façade de verre.

Bonne-Maman est partie en 1987. Des lieux où elle a vécu à Toulouse il ne reste rien, sauf le souvenir et la nostalgie. Alors que rien de ce que je couchais sur le papier n’était à la hauteur de mes émotions, soudain ces vers m’ont foudroyée :

 

Que l’air du temps veuille me rendre

Ce mélange au goût métissé

De l’encens qui se fiance

À la fumée d’insolentes gauloises…

Pour lire la suite suivre la fumée.



mardi 2 septembre 2025

Alerte accidents d’ego

Pouvant conduire à des séquelles permanentes : blessures narcissiques, le miroir est fêlé, une écharde s’est plantée dans l’œil. La représentation de soi en prend un sacré coup.

Les ambitions artistiques constituent un terrain éminemment favorable à de tels accidents. Je l’ai vécu avec mon père incapable de vendre un seul tableau ou une seule sculpture parce qu’il ne savait pas vendre : ce blocage, qu’il m’a transmis, m’a longtemps bloquée derrière la table de dédicace tandis qu’autour de moi ça signait à tour de bras. Jusqu’au jour où je me suis décidée à inverser la tendance : je me suis mise à aborder les gens et à leur parler, bien que ce ne soit pas ma pente naturelle. Ça va mieux depuis, mais je ne me sens pas à l’aise en salon du livre au milieu de la concurrence. Il n’est qu’à relire le dernier article que le sujet m’a inspiré : https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/2025/05/les-divas-du-salon.html

Cette situation, à laquelle je ne m’attendais pas quand je n’étais pas encore publiée, m’a infligé son lot de blessures narcissiques.

J’ai remarqué que le résultat des concours et prix littéraires avait sur d’autres le même effet dévastateur que l’ambiance des salons du livre sur mon moral. De ce point de vue-là, je suis blindée. J’accueille avec joie les récompenses et ne sort pas déprimée du fait de n’être pas primée.

En ce qui concerne l’ego, je tiens à être absolument sincère et à rétablir la vérité. Non, ce n’est pas mon ego qui est vexé comme un dindon quand mes livres ne décollent pas de la table. Je suis meurtrie pour toutes ces entités-livres que j’ai aidé à venir au monde, qu’elles se nomment Diabolo pacte, Coup de grain ou Elwig de l’Auberge Froide. C’est le meilleur de moi-même, mais qui s’est détaché de moi, du MOI. Comme aux enfants, des ailes leur poussent dans le dos. Comme les enfants, nos personnages s’émancipent et n’en font qu’à leur tête sans nous demander notre avis.

Le lecteur ne butine-t-il pas un autre livre que celui que nous avons écrit ?

J’ai mal pour elles, persuadée sur le moment que ce n’est pas moi, mais elles qui sont victimes d’une injustice, d’un déficit de notoriété qui réduit l’auteur à vendre à la criée le meilleur de lui-même.



 

Mais comment vous est venue l’idée ?

C’est la question qu’on me pose au sujet de Lisbonne avait raison et sa réponse constituera le premier article que j’écrirai sur le sujet d...