Ce que j'écris, pourquoi, pour qui et les surprises de mon parcours littéraire

vendredi 1 mai 2026

Cyclistes, je vous hais

Cette fois, le dlog ne parlera pas de littérature, d’éditeurs, de lecteurs, de salons, etc. Je laisserai à d’autres, qui l’ont déjà fait largement, le soin de disserter sur Grasset et les 200 démissionnaires. Je ne reviendrai pas non plus sur les différents éditeurs qui ont fait le choix de me soutenir. Bref, le dlog aboiera et n’empêchera pas le carnaval éditorial de passer ou de trépasser. Dimanche, je dédicacerai à 800 km de Saint-Germain-des-Prés dans un salon convivial qui reçoit un public convergeant vers un patelin du Tarn-et-Garonne portant le nom prédestiné de Molières (avec un s). Quel rapport avec ma vie de locomautrice ? Aucun sinon les réseaux sociaux où je suis depuis que mon premier éditeur m’a conseillé d’y être. Et j’y lis des posts s’étalant sur des guerres en passe de se mondialiser ou bien ridiculement picrocholines. Certaines font pourtant des morts et des infirmes, comme ces chocs entre vélos et autos ou vélos et piétons. C’est déjà malheureux un accident sans ce déferlement de haine qui parcourt les commentaires des réseaux. Je les hais, ai-je lu à propos des cyclistes. De prolo qui allait pointer à l’usine puis se trimbaler jusqu’à la mer pour les vacances, voilà que l’usager du cycle est devenu ce bobo qui frime sur deux roues à assistance électrique ou ce dangereux délinquant qui emmerde autant l’automobilisme que le piéton qu’il emboutit sur les trottoirs. Il y a certes des cyclards, mais toujours autant de chauffards, ces derniers pouvant se prévaloir de l’ancienneté. Je me souviens d’une histoire remontant au siècle dernier, à une époque où on ne risquait pas téléphoner au volant ou au guidon. Les tramways roulaient même dans Toulouse.

Il s’appelait Charles, comme le Grand, plaisantait-il, et vivait avec sa femme, Pauline, et sa fille, Paulette, au rez-de-chaussée d’une maison de l’ancienne place Marengo. Y subsistaient les vestiges de l’école vétérinaire, un atelier où on avait soudé maintes fois la remorque de mon tricycle rouge, un petit café où les platanes s’épanchaient sur les tables et une taverne auvergnate qui servait du cochon. Bref, un endroit charmant où la médiathèque José Cabanis et des immeubles se voulant futuristes n’avaient pas encore poussé. Seule ombre au tableau : les commodités se trouvaient au fond du jardin, les pièces étaient sombres et Paulette, la fille de la maison, avait l’âge de ma grand-mère maternelle. Quand nous remontions d’en ville vers notre HLM de la cité Jolimont, nous nous arrêtions, ma mère et moi, chez Charles, Pauline et Paulette. Charles avait été suffisamment jeune et avenant pour avoir inspiré une passion malheureuse à mon arrière-grand-mère à laquelle il avait préféré Pauline. J’ai bien connu Mémé et Bon-Papa sans pouvoir imaginer ce qu’ils furent avant de sombrer dans la décrépitude. Charles avait d’ailleurs commenté autour de la table où nous étions reçues :

Les enfants ne peuvent pas comprendre que nous aussi nous avons été enfants.

C’était autour d’un évènement marquant qu’il se plaisait souvent à évoquer : son frère et lui, vêtus tous deux d’une cape rouge, avaient été coursés dans les rues de Pamiers par un taureau échappé de l’abattoir. En ce temps-là, il pouvait courir, n’étant pas encore affligé d’une boiterie chronique. Je le prenais par la main pour lui apprendre à marcher et Charles se prêtait toujours de bonne grâce au jeu. Je croyais en toute innocence pourvoir rééduquer sa pauvre jambe. Un jour, il nous expliqua comment il était devenu infirme.

Il circulait dans Toulouse à vélo. Il l’avait enfourché en toute confiance, ignorant qu’à la fin de la journée il ne serait plus le même.

J’ignore le lieu de l’accident, si ce n’est qu’il découle d’un triptyque fatal : un vélo, un tramway et deux piétonnes. Deux femmes, a précisé Charles, deux piétonnes donc, redoutant de rater le tramway qu’elles avaient en ligne de mire au point de traverser la chaussée sans regarder et en courant. Par contre elles n’ont pas manqué de renverser le malheureux cycliste qui roulait sur sa voie mais, pour son malheur, entre elles et le tramway si convoité. Charles était par terre avec une jambe fracassée que la chirurgie de l’époque n’a pas réussi à réparer. Il était condamné à boiter jusqu’à sa mort, en 1968. Il n’a pas eu le temps d’assister à la chute du Grand du grand Charles.

Vue sur l'ancienne école vétérinaire de Toulouse


 

dimanche 12 avril 2026

Martin, Thomas, Gérard et moi

Parler de livres qu’on a écrits, normal. Parler du livre qu’on est en train d’écrire : l’auteur veut se rassurer. Parler de livres qu’on écrira : l’auteur a de l’avenir. Mais parler d’un livre qu’on voulait écrire et que finalement on n’écrira pas : l’auteur tient à passer pour fou. Dans un but publicitaire, après tout on n’écrit que depuis ses propres failles. Ou alors il est vraiment toqué. N’est-ce pas le propre des artistes ?

Pour en revenir au seul sujet qui vous intéresse, moi, j’ai formé, des années durant, le projet d’écrire une fiction sur un évènement historique qui m’avait marquée et impressionnée : La Guerre des Paysans en Allemagne. Avant même que j’ai commencé à me documenter, j’ai découvert qu’en 2024 Gérard Mordillat avait écrit Les Exaltés. Abandonnant mon projet, j’ai publié une critique sur Babelio :

Il n’est guère étonnant que Gérard Mordillat se soit attaqué à la « Guerre des Paysans en Allemagne » en nous offrant une fiction solidement documentée puisque Friedrich Engels notamment figure dans la bibliographie. Cette révolte qui enflamma les Allemagnes de 1524 à 1526 dépasse le stade de la jacquerie : c’est une révolution et Thomas Müntzer un révolutionnaire. Le peuple, écrasé de corvées et d’impôts, croit voir lever une aube de justice suite à la révolution réformatrice amorcée par Martin Luther. Prêtre catholique, il s’oppose à la munificence de l’Église romaine et à sa vénalité, révélé par le juteux commerce des indulgences. Payez et vous serez lavé de tout péché ! Mais, tandis que Müntzer se défroque et monte au casse-pipe révolutionnaire, Martin Luther prend fait et cause pour les princes et l’ordre établi et exhorte les puissants à anéantir ceux qu’ils traitent d’enragés avec de la paille d’avoine dans la tête.

Faire vivre des personnages historiques : pari réussi pour l’auteur. Je me suis aussi attachée aux personnages de fiction, notamment à Luca, fils naturel d’un pape, et aux deux nonnes défroquées qui retournent au siècle et assureront une descendance tant à Luca qu’à Thomas Müntzer. Un formidable livre d’histoire et d’aventures.

Remontons dans le temps. Je suis étudiante en allemand et j’ai décroché une bourse du ministère des Affaires Étrangères m’autorisant à faire le 1er semestre de ma 2ème année à Stuttgart avec 5 condisciples toulousains. Nos examens de fin d’année doivent se limiter aux oraux car nous sommes dispensés des écrits et des unités de valeur qui y sont rattachées. Nous débarquons en France alors qu’une grève bloque les universités. Les cours n’ont plus lieu et nous apprenons que les étudiants de Stuttgart devront passer, en plus des oraux, tous les écrits. Nous devons rattraper un semestre de cours. Parmi les matières, figure la Reformation (Réforme). Je suis littéralement happée : Martin Luther qui dénonce le système des indulgences jusqu’au schisme qui aboutira à la Réforme, Thomas Müntzer qui prêche la justice sociale, le renversement du système féodal et de tout système inégalitaire, le peuple qui prend la hache et la fourche contre les lances et la cavalerie, et Luther qui prend fait et cause pour les princes et laisse éclater son mépris et sa haine de la populace. Avouez que c’est un sujet puissant mais que je laisse de côté au profit des conflits franco-allemands et de C. G. Jung (Elwig de l’Auberge Froide) et des Lumières dans l’Europe du Sud (Lisbonne avait raison).

Survient en 2020 une série d’évènements inouïs : le Covid 19 sert la mise en place d’un grand confinement, du port du masque en plein air, du pass sanitaire puis vaccinal. Avant que nous ne sortions de 2 mois d’assignation à domicile, l’Académie des Livres de Toulouse demande à ses auteurs d’écrire sur la sortie du confinement. Je sors une nouvelle intitulée D’une guerre l’autre dans laquelle on suit les incarnations des personnages principaux dans trois époques : la 1ère en Allemagne, 5 ans après la Guerre des Paysans ( la belle Gudrun accusée de sorcellerie va subir l’ordalie par l’eau, son frère, qui s’est fait imprimeur en ville, n’est plus là pour la secourir), la 2ème pendant la Première Guerre mondiale (Gaston, ouvrier typo qui a la phobie de l’eau, fraternise dans la tranchée avec le Professeur qui a écrit un essai sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; il finit gazé) et la 3ème en avril 2020 (Gaëlle, étudiante obèse et asthmatique, travaille les week-ends dans un supermarché pour payer sa colocation et rédige un mémoire sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; infectée, elle se retrouve en réanimation…) Cet écrit, passé à la trappe, ne fera pas partie du livre publié. Plus tard, je l’intégrerai à un recueil que j’intitulerai La clairière aux fées et six contes germains. J’ai à ce jour cessé de lui chercher un éditeur.

Peut-être que ma passion pour le sujet qui remonte à ma jeunesse ne donnera pas plus que ce conte germain vu la qualité littéraires des Exaltés de Gérard Mordillat. Je suis en outre en plein accord avec lui à propos des deux années qui nous furent imposées au prétexte du covid.

 "Le Covid-19 et le confinement qui nous a été imposé est au niveau mondial un test incroyable de soumission à l'autorité". Gérard Mordillat fait le rapprochement avec les études menées par le sociologue Stanley Milgram sur le consentement à l'autorité, dans les années 50 et 60 aux USA : "Dans le confinement on nous fait obéir à des ordres dont on a aucun moyen de vérifier le fondement, et au nom de la sécurité, nous courbons la tête et nous obéissons, ça ressemble beaucoup à ces expériences, il faut habituer la population à obéir, voilà ce que m'a inspiré ce confinement".

 


 

jeudi 26 mars 2026

En conclusion, le pitch

Le dlog chipote. Il a l’impression d’avoir tout dit et n’a pas envie de sortir les clichés sur les salons du livre ou les séances de dédicaces en librairie avec leur lot de bonnes surprises et de mésaventures qui n’intéressent que ceux qui les vivent, en l’occurrence les auteurs. Murmurer à l’oreille des lecteurs ou vendre à la criée est pourtant un défi  que nous n’imaginions même pas aux moments solitaires de la création.

Le dlog pourrait vous parler de ma nouveauté, Lisbonne avait raison, à laquelle il a d’ailleurs dédié une page. Or, étant dans la phase où je prépare sa présentation, je préfère en laisser la primeur au public, des fois qu’il aurait la curiosité de visiter le dlog. Si c’est votre première fois, soyez rassuré : le dlog n’aboie pas et ne mord pas. Il se contente de vous faire la fête. S’il avait une queue, il l’agiterait.

Retour en 2005, l’année où j’ai éprouvé la nécessité d’écrire sur les Lumières dans l’Europe du Sud à la faveur du 250ème anniversaire du tremblement de terre de Lisbonne. La date avait  de quoi marquer les esprits : 1er novembre 1755.

Je sortais de l’écriture d’un monument de science-fiction, Poussière de sable, maintes fois refusé puis publié en 2018 par un éditeur spécialisé qui a tiré sa révérence fin 2022. Tout ça pour dire que le premier jet de mon Lisbonne était naturellement d’inspiration fantastique, s’inscrivant dans les littératures de l’imaginaire. Puis j’ai tourné casaque et entamé la version qui est aujourd’hui sortie des presses. Dix années de travail à rendre fluide la construction, pourtant linéaire dès le départ. Pour une fois, je suivais la flèche du temps qui semble filer de la naissance à la mort. Pas de saut dans le temps comme dans Elwig de l’Auberge Froide. Pas de mise en abyme comme dans Diabolo pacte. Si le prologue n’a pour ainsi dire pas bougé, j’ai refait cinquante fois la fin.

Allez, voilà le pitch qui sort de ma bouche maintenant que le livre est tiré : C’est l’histoire de Lorenzo Azzopardi qui naît et grandit à Gênes dans une famille patricienne, une famille de négociant. Pour une raison dramatique que je ne dévoilerai pas (sourires fréquents) il est obligé de quitter Gênes, d’embarque sur un navire de commerce, traverse la Méditerranée, infestée de pirates, fait escale en Corse qui est encore génoise, débarque à Valence, traverse l’Espagne de l’Inquisition, des moulins et des théâtres ambulants et arrive à Lisbonne la veille du grand tremblement de terre…




lundi 23 février 2026

Coût du livre et coup de barre

Le dlog semble au régime jockey tant j’ai négligé de lui donner sa pâtée bihebdomadaire, voire mensuelle. À l’étiage, l’animal ! Et puisqu’on parle de vaches maigres, après avoir parlé de vaches tout court, venons-en à un sujet qui me navre, d’autant plus que mon dernier est sorti en librairie le 23 janvier : la baisse drastique des ventes de livres.

Même les gros maigrissent, paraît-il. Les autres passent derrière les affiches sans les décoller. Les explications pleuvent : moins de lecteurs, moins de pouvoir d’achat, les livres trop chers ! Trop chers ! Allons donc. Outre la concurrence du marché de l’occasion, le livre, hélas, est de moins en moins un objet de désir. Par contre, l’écriture est un sport comptant de plus en plus d’adeptes et l’édition un graal que pléthore de postulants rêvent d’atteindre. Quand on a décroché le pompon le manège se transforme parfois en galère : à la reddition des comptes, le chat est maigre et les royalties n’ont rien de royal. En guise de consolation, sachez que nos lecteurs sont nos amis. Comme eux, ils se comptent sur les doigts d’une main.

Faut pas dec, faut pas pleurer sur son sort, faut surtout faire rigoler le lecteur. Faîtes le rire et il a déjà la main qui s’avance vers le portemonnaie.

Personnellement, côté prix du livre, mon dernier éditeur, les éditions du 81, est extrêmement raisonnable. Prenons un exemple, un roman, par hasard le mien. Une affaire à ne pas manquer ! Avec Lisbonne avait raison, en 342 pages et pour moins de 19, vous partez de Gênes, vous prenez le bateau, faites escale en Corse puis vous débarquez à Valencia et, après une traversée de l’Espagne, vous vous retrouvez à Lisbonne à la veille d’un évènement d’un retentissement universel. Lequel ? Vous le saurez pour le prix modique de 1890.ui me navre, d’autant plus que mon dernier est sorti en librairie le 23 janvier : la baisse drastique des ventes de livres.

Même les gros maigrissent, paraît-il. Les autres passent derrière les affiches sans les décoller. Les explications pleuvent : moins de lecteurs, moins de pouvoir d’achat, les livres trop chers ! Trop chers ! Allons donc. Outre la concurrence du marché de l’occasion, le livre, hélas, est de moins en moins un objet de désir. Par contre, l’écriture est un sport comptant de plus en plus d’adeptes et l’édition un graal que pléthore de postulants rêvent d’atteindre. Quand on a décroché le pompon le manège se transforme parfois en galère : à la reddition des comptes, le chat est maigre et les royalties n’ont rien de royal. En guise de consolation, sachez que nos lecteurs sont nos amis. Comme eux, ils se comptent sur les doigts d’une main.

Faut pas dec, faut pas pleurer sur son sort, faut surtout faire rigoler le lecteur. Faîtes le rire et il a déjà la main qui s’avance vers le portemonnaie.

Personnellement, côté prix du livre, mon dernier éditeur, les éditions du 81, est extrêmement raisonnable. Prenons un exemple, un roman, par hasard le mien. Une affaire à ne pas manquer ! Avec Lisbonne avait raison, en 342 pages et pour moins de 19€, vous partez de Gênes, vous prenez le bateau, faites escale en Corse puis vous débarquez à Valencia et, après une traversée de l’Espagne, vous vous retrouvez à Lisbonne à la veille d’un évènement d’un retentissement universel. Lequel ? Vous le saurez pour le prix modique de 18€90.




90.

mercredi 11 février 2026

Elwig für immer

En attendant ma première dédicace en librairie ou en salon du livre de Lisbonne avait raison, j’ai eu la surprise, de la part d’un club de lecture devant lequel je dois présenter ma nouveauté, d’un intérêt pour mon thriller franco-allemand qui a aussi un pendant historique : les nombreuses dédicaces me valent l’honneur de devoir le résumer en public. Donc j’ai lu pour la première fois Elwig de L’Auberge Froide car l’avoir écrit n’est pas la même chose. Vaste programme car ce n’est pas un roman de 100 pages mais un roman-fleuve qui, tel le Danube dont la source est entachée de scènes de crime, emporte le lecteur à travers les territoires, de Toulouse à Königsberg-Kaliningrad en passant par Vienne et Baden-Baden, et les époques, de 1805 à nos jours, des guerres napoléoniennes à la 2ème guerre mondiale, telle qu’elle fut vécue de part et d’autre du Rhin. Un roman qui prend naissance dans le torrent du romantisme allemand et prend de la puissance avec les avancées de la science des âmes qui devaient déboucher sur le plus ésotérique des pionniers de la psychanalyse, tous germanophones : Carl Gustav Jung. Six années à respirer les cuirs des selles et des harnachements dans l’écurie de l’Auberge Froide, pour en faire un roman qui m’aura littéralement hantée : une histoire dans laquelle les personnages sont confrontés aux tourmentes de la grande histoire et où le vélo-cheval sert de machine à voyager dans le temps. Chaque phrase a été passée au gueuloir. Je suis curieuse d’apprendre ce que mes derniers lecteurs, qui sont surtout des lectrices, y auront vu. Puisque le livre leur appartient.Sur mon site, j’ai consacré divers articles et une page à Elwig de l'Auberge Froide. Il en sera de même pour mon 7ème livre, ce Lisbonne qui m’a aussi hantée des années durant, dont chaque phrase a été passée au gueuloir, mais écrit de façon linéaire car, de même que les sujets et les ambiances de mes fictions sont éclectiques, jamais je ne construis de la même manière. Des fois où je m’ennuierais et piquerais du nez sur le livre !

Ils sont sept et ne sont pas des nains


mardi 3 février 2026

Un tour en Ferrari ?

2026 démarre sur les chapeaux de roues : Lisbonne avait raison est sorti en librairie le 23 janvier. Un roman historique écrit dans la veine picaresque dont l’idée a germé dans ma tête il y a vingt ans, au 250ème anniversaire du grand tremblement de terre de Lisbonne. Une Ferrari de feu lancée sur les routes terrestres et maritimes de l’Europe du Sud au siècle des Lumières.

L’ayant achevé en 2015, il m’aura fallu dix ans à le peaufiner, à le construire pour enfin le voir paraître sous la forme d’un bel objet d’encre et de papier, 342 pages, léger en poids et en prix. Encore une fois, l’éditeur a choisi de conserver mon titre.

J’avais eu le temps de remarquer qu’il me suffisait d’annoncer le pitch pour susciter l’intérêt de mes interlocuteurs :

 Lisbonne avait raison raconte l’enfance et la jeunesse d'un patricien génois contraint à l’exil après avoir commis un crime à l’âge de douze ans. Séparé de sa petite gouvernante, Gelsamina, qui lit l’avenir dans les tarots, Lorenzo embarque dans un navire de commerce, fait escale en Corse, traverse l’Espagne et parvient à Lisbonne la veille du grand tremblement de terre de 1755. Tout en se formant aux métiers de meunier et de comédien, Lorenzo se frotte à la société de la finance montante, déjà en proie à ses contradictions : Lumières et obscurantisme, science et magie.

 Voici la 1ère chronique de mon 7ème livre. https://rainfolk.com/2026/01/lisbonne-avait-raison-claudine-candat.html?utm_source=facebook&utm_medium=jetpack_social&fbclid=IwY2xjawPr7A1leHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEelPIoa7YhvcAkB9jds-MFegQx_wN9BHX2R3I55XVU2Ph4T2Cl1u_M0dNdETI_aem_zn5uip42oGaiDdArsZyuVQ



 

mercredi 14 janvier 2026

Poésie, encore et pour toujours

Après le bilan, je m’en retourne à mon dernier sujet d’actualité : la poésie. Mes poèmes de jeunesse, sous le titre Mon opium est dans mon cœur, a été primé trois fois. Veuillez me pardonner de rabâcher, mais le fait me tient à cœur justement parce que les personnes que ces prix auraient transportées au faîte de la fierté n’étaient plus là pour assister à leur remise ni à la présentation de mon recueil à la demande de clubs de lecture ou de poésie.

Je pense à mes parents. Ma mère a vécu jusqu’à la sortie du premier volet de Poussière de sable qui lui est dédié, après la publication de Diabolo pacte et d’Elwig de l’Auberge Froide. Elle avait commencé à lire L’épopée euskalienne dans la belle version imprimée de RroyzZ éditions (hélas disparue) alors qu’elle était déjà atteinte de la maladie qui l’emporterait l’année d’après. Par contre, mon père n’a jamais eu la joie de me voir éditée. Il était trop diminué pour pouvoir lire les manuscrits de Poussière de sable et de Diabolo pacte.

Ils ont été mes premiers lecteurs et les premiers à trouver ma poésie… poétique.

Je pense à Nana, ma grand-mère paternelle, le seul membre de ma famille à avoir eu des ambitions littéraires, mais sans franchir le pas qui vous enchaîne à la page blanche. Je dois remonter au siècle passé, à une époque où on n’avait pas le téléphone et où on apprenait à écrire à la plume sergent-major trempée dans l’encre. Nana parlait d’écrire sa vie. Elle n’aurait pas eu besoin de forcer le trait pour en faire un roman.

Par exemple, avec une autre gamine, à Saint-Béat, petite bourgade au pied des Pyrénées, elle avait eu l’idée de vider les encriers pour y pisser dedans. Le lendemain devinez dans quoi les écoliers ont trempé leur plume !

À l’âge où ma grand-mère pissait dans les encriers, j’écrivais mes premiers poèmes. Rassurez-vous, je faisais aussi des bêtises. Aujourd’hui je me dis que c’est elle, cette femme libre formée à l’école de la IIIe République qui aurait été le plus fière de mes trois prix de poésie. Elle est partie à l’orée de mon adolescence. Mon enfance avait pris fin, ce vert paradis d’insouciance où le temps lambine, où l’avenir semble radieux et le présent épargné. Nana disait : C’est la roue qui tourne. Et j’imaginais une fillette assise sur une roue de moulin à eau, vue dans un livre, et la roue tourne, tourne jusqu’à l’inclinaison fatale où la malheureuse est projetée dans les flots. Ma roue prend la mauvaise pente, mais il m’est encore donné de rire, d’écrire et de chanter mes vers sur une musique intérieure.

 


 

mercredi 31 décembre 2025

Inventaire 2025

L’année touche à sa fin. Pour que vous fassiez une idée des crédits et débits de l’année dans mon escarcelle d’auteur (auteurice escagasse mon oreille et, pour être complète, je devrais dire au féminin romancière et poétesse) donc afin de soupeser mon escarcelle littéraire, il convient de se souvenir du bilan de l’année passée. Un clic, et vous y êtes : https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/2025/01/inventaire-secret.html.

Finalement, mon roman historique, Lisbonne avait raison, qui devait d’abord paraître en 2026 pour être avancé en 2025, sortira en librairie le 23 janvier.

Je ne résiste pas à la tentation de dévoiler sa 1ère de couverture.

En janvier, j’ai signé le contrat et la publication de ce roman, que j’ai peaufiné dix années durant, m’aura occupée mentalement d’un bout de l’année à l’autre. Et ce n’est pas fini !

Après avoir reçu en septembre le premier prix de poésie des Gourmets de Lettres pour Mon opium est dans mon cœur, recueil déjà titulaire de deux prix, je me suis rendu compte que depuis 2022 j’avais reçu un prix chaque année : en 2022, de la part des Arts Littéraires pour mon recueil encore inédit, en 2023 le premier prix du roman de l’Académie des Livres de Toulouse pour Diabolo pacte et, de la même académie, le premier prix de poésie 2024.

Côté création, j’écris toujours de la poésie que découvre goutte à goutte mes amis du Gué Semoir, club de poètes toulousains animé par le poète franco-suédois, Svante Svahnström qui compose dans les 2 langues :

https://www.librairie-gallimard.com/listeliv.php?base=paper&form_recherche_avancee=ok&auteurs=svante%20svahnstrom)

Côté roman, j’ai commencé la rédaction d’une saga familiale à partir de l’histoire de mon arrière-grand-mère basquaise née en 1872 qui quittera sa patrie souletine pour voyager, accablée de chagrin à la mort de son fiancé basque et militaire et, pour finir, tuberculeux. Après avoir essayé le couvent, elle larguera les amarres et fera escale à Toulouse. À plus de trente-cinq ans, elle s’éprend d’un peintre-décorateur de dix ans son cadet, mon arrière-grand-père. À trente-huit ans, ignorant sa grossesse, elle donne naissance à une petite prématurée, ma grand-mère qui recevra sur ses lèvres le baptême basque : ail et jurançon. Bien sûr, sachant peu de choses, force m’est de romancer et de ressusciter ces ancêtres en leur offrant des vies qu’ils n’auront pas vécues. Je remonte d’ailleurs plus avant dans le temps pour épouser les thèmes de la contrebande de guerre, de l’insoumission à l’armée et de l’émigration aux Amériques, sans oublier l’école de la IIIème république et ses multiples assauts contre la langue, l’euskara par laquelle les Basques se définissent.

D’ailleurs, depuis octobre 2024, j’apprends cette langue géniale, non indo-européenne, avec l’association Denak Bat où je me suis fait des amis, et notamment une amie qui se reconnaîtra si elle lit cet article.

Je poursuis ma quête de salons du livre et de dédicaces pour 2026. Si vous êtes organisateur ou libraire, n’hésitez pas à me contacter. Et à l’année prochaine !



lundi 15 décembre 2025

2022 :mon futur était en marche

Puisque nous sommes dans les prix, continuons sur la lancée avec le recueil 3 fois primé, Mon opium est dans mon cœur (https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/p/mon-opium-est-dans-mon-cur-poesie.html).

Je ne vais pas vous parler de la réception de ces prix, de la joie de monter sur l’estrade et de recevoir son diplôme et les bandeaux rouges qui vont avec.

Le recueil de mes poèmes de jeunesse a d’abord été primé en tant qu’inédit par les Arts Littéraires de Saint-Orens-de-Gameville. C’était en mars 2022 et ce qui m’a décidé de concourir dans la catégorie poésie l’année d’avant c’est l’absence de manifestations littéraires ou une participation conditionnée à la production d’un pass d’abord sanitaire puis vaccinal. N’ayant pas l’intention, en plus de la rédaction d’auto-attestations débiles, de montrer un QR code à un vigile ou à un quelconque citoyen faisant fonction de, je me suis donc abstenue. J’ai mis à profit mon retrait de tout salon et séance de dédicaces pour bâtir mon blog de brique et de broc.

Donc, je concours, je reçois en mars la liste des lauréats et j’ai l’immense surprise de lire mon nom avec une mention spéciale du jury de poésie. Le premier prix est remporté par Nathalie Vincent-Arnaud.

Je suis fort logiquement invitée à la remise des prix, au cocktail et au dîner. Un hic : le pass est toujours obligatoire bien qu’il apparaisse à présent que le vaccin n’empêche ni l’infection ni la transmission. Finalement, je réserve ma place au repas tout en dépêchant le compagnon de chacun de mes livres pour me représenter à la remise des prix. Peu avant la date, l’étau se desserre, les portes sont grandes ouvertes. Je retrouve le bonheur de circuler et de converser, un verre à la main, parmi mes semblables.

Et c’est ce soir-là que je trinquerai avec une représentante de la future maison d’édition de mon recueil de nouvelles, Coup de grain.

Et en 2025, la lauréate de 2022, Nathalie Vincent-Arnaud sera jurée au prix de poésie des Gourmets de Lettres, le dernier en date reçu par Mon opium est dans mon cœur.

Comme quoi la vie peut-être un roman et apporter de bonnes nouvelles. Quant à la poésie, elle est semblable à l’oiseau qui prend son envol, quelle que soit la solidité de la branche. Moins la piste d’envol est sûre, plus l’envie et le besoin de la quitter se fait pressant. Peut-être. Bon, je voulais vous parler autre chose quant à ma poésie. Ce sera pour 2026 car dans le prochain je ferai le bilan de l’année.

Les lauréats 2025 au pied de l'hôtel d'Assézat


mercredi 19 novembre 2025

Le rouge vous va si bien

Les jurés ont rendu leur verdict, les lauréats des grands prix littéraires sont désignés. Leurs éditeurs se réjouiront d’engranger le produit des ventes générées par de si prestigieuses distinctions.

Je n’en dirai pas plus sur le sujet, sauf qu’à la parution de mon premier roman certains libraires l’ont mis en avant par rapport au Goncourt de l’année.

En tant que romancière, je ne suis pas concernée par la question, mes éditeurs étant hors concours. Nous devons, nous et moi, viser moins haut.

Il n’en reste pas moins que, quel que soit le prix, les jurés doivent trier et désigner des lauréats au détriment de leurs concurrents. Les candidats malheureux ont parfois du mal à s’en remettre. C’est normal, ils ont lancé dans la course des poulains qu’ils ont nourris et bouchonnés avec amour.

Il m’est arrivé de recevoir des récompenses : Diabolo pacte, mon premier, primé à sa parution puis à sa réédition par un nouvel éditeur. Mon opium est dans mon cœur, poésie, trois fois primés. J’y reviendrai dans un prochain article.

Revenons à Diabolo pacte. La première édition a été récompensée par les Gourmets de Lettres placés sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, et sa réédition aux éditions d’Avallon a reçu en 2023 le premier prix du roman de l’Académie des Livres de Toulouse. La couverture en jette avec le bandeau rouge intégré.

On peut toutefois douter de l’impact d’un prix, qui ne fait pas partie des grands, sur les lecteurs potentiels et les ventes.

Or l’autre jour, je téléphone à une librairie de la lointaine couronne toulousaine pour une proposition de dédicace. On m’avertit tout de suite que ça ne se fait pas comme ça. Le libraire, toutefois, part à ma recherche sur la toile et tombe sur la dernière couverture de Diabolo pacte. Le bandeau rouge du prix lui tape dans l’œil. Il me dit que c’est intéressant et qu’il en parlera à l’organisation d’un salon du livre sélectif. Car, en matière de salons, il y a des gradations et des niveaux : ceux qui invitent du beau monde dont je ne fais pas forcément partie même publiée à compte d’éditeur, et ceux ouvert à tous, comptes d’auteur et autoédités compris, souvent pleins à craquer côté auteurs et déserts côté public.

Donc ce salon-là, que vante libraire, serait intéressant. En tout cas, j’avais écrit à l’organisation qui ne s’est pas donné la peine de répondre. Vais-je finir par être invitée ? En tout cas, quand je me suis entendue appelée Claudine, j’ai compris que le bandeau rouge du prix avait fait son effet.



 

mercredi 29 octobre 2025

Mémoires d’une larve

C’est moche une larve avant qu’elle ne se transforme en papillon, si tant est qu’elle en ait les moyens. Il en va de même des romans. L’auteur pond une larve, autrement dit un manuscrit, le cœur battant d’espoir qu’un éditeur accepte de financer sa métamorphose. Je parle bien sûr de l’édition à compte d’éditeur, pas de contrats avec un prestataire de service prêt à publier n’importe quoi pourvu que l’auteur paye ou s’engage à acheter x exemplaires.

Mitraillée de lettres de refus suite à l’envoi de mon 1er essai romanesque, Poussière de sable, je me suis relevée en décidant de sublimer cet échec par l’autodérision. J’ai pris le parti d’en rire et de faire rire les éditeurs et, si possible, de futurs lecteurs. Et j’ai tapé directement à l’écran les premières lignes d’une histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition, entraînée d’une main par mon nabot boiteux d’éditeur, Garin Bressol, et de l’autre par la grotesque Josette Gougeard. Le titre m’est tout de suite apparu : Diabolo pacte.

À peine avais-je posé le point final que je me suis rendue à la remise d’un prix littéraire. Je me suis fait dédicacer le livre primé puis j’ai attendu dans la file d’attente pour aborder l’heureux lauréat :

Je viens d’écrire un roman. Pouvez-vous me donner un conseil ?

Jean-Claude Ponçon m’a répondu :

Pour cela il faudrait que je lise ce que vous écrivez.

Justement, j’avais la disquette (nous étions en 2005) et le fameux fichier sur moi. Un pur hasard.

Je peux vous donner la disquette. Je vous jure que ce n’était pas prémédité.

J’ignore si Jean-Claude m’a cru. En tout cas, il a pris la disquette avec mes coordonnées.

Deux mois s’écoulent. Un jour le téléphone sonne sur mon lieu de travail et j’entends :

― Ponçon.

J’ai failli tomber du fauteuil.

À un certain moment j’ai parlé du livre. Et j’ai été douchée.

― Ce n’est pas un livre.

C’était dit franco de port et d’emballage.

― Mais…

Il y avait un mais.

― Mais vous avez du style et ça c’est bien à vous.

Conclusion : il fallait que je réécrive tout pour que ce soit publiable. Je me remets donc au travail, entamant la version qui trouvera ses éditeurs.

À quelque temps de là, une amie de passage à Toulouse avait commencé à lire Diabolo pacte chez une amie commune ayant apprécié le manuscrit. Je lui ai dit qu’il ne fallait pas lire cette version car j’étais en train de tout refaire. Elle insistait pour l’emporter avec elle dans le train. Je n’étais pas d’accord et j’ai repris ma larve-manuscrite reliée avec une spirale. Elle me l’a carrément arrachée des mains. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience du potentiel de mon ovni déjanté.

Jean-Claude Ponçon est devenu mon parrain littéraire.

Diabolo pacte a été publié par un éditeur du Quartier Latin.

Cet éditeur a fait faillite, il m’arrivait ce qui arrive dans le roman.

Diabolo pacte a été réédité par un éditeur de Montpellier.

Les deux éditions ont reçu un prix littéraire.

Quant aux lecteurs, certains rient en lisant. D’autres lisent en riant. Certains y voient une tragédie. Et vous ?

Quant à moi, dans l'attente de la parution de mon 7ème livre, j’y lis la confirmation de la dureté et des difficultés du monde de l’édition. Je pourrais dire : Antoine Maurier c’est moi. Si vous ne savez pas qui est Antoine Maurier, il est encore temps de rire en lisant Diabolo pacte, sous format papier ou numérique.

éditions d'Avallon à gauche
L'Arganier à droite


samedi 11 octobre 2025

Ce que je dois à Hervé Bazin

Décédé en 1996 sur son lieu de naissance, Angers, voilà des lustres qu’il ne faisait plus parler de lui. Est-ce que Vipère au poing est encore étudié au collège ? Je l’ignore. En tout cas je l’ai lu en classe de 3ème.

Aujourd’hui, son auteur est remis en selle à la faveur de l’enquête-évènement d’Émilie Lanez, Folcoche, le secret de Vipère au Poing.

Des images me reviennent en mémoire : la géniale Alice Sapritch dans le rôle de Folcoche, Folle et cochonne, mère indigne martyrisant ses fils, Chiffe et Brasse-Bouillon. Chiffe, comme son sobriquet l’indique, s’écrase au contraire de Brasse-Bouillon qui résiste. Ce dernier n’est autre qu’Hervé Bazin, l’auteur de cette autobiographie à succès, succès aussi phénoménal qu’épouvantable l’anti-héroïne du livre.

Aujourd’hui ce livre se voit qualifié d’imposture. Folcoche ne serait ni une folle ni une cochonne. Par contre, Brasse-Bouillon serait un pervers affabulateur ayant tâté de l’hôpital psychiatrique. Émilie Lanez réhabilite la figure de cette mère, victime d’un féminicide littéraire. Je dirais même plus en osant le terme de matricide littéraire.

Soit. Mais de là à qualifier Vipère au poing d’imposture littéraire voilà un Rubicon que je ne franchirais pas.

Hervé Bazin est avant tout un écrivain, un conteur, et un écrivain a le droit d’écrire ce qu’il est dans la nécessité d’écrire, dût-il commettre des matricides ou des parricides de papier. Il a parfaitement le droit d’inventer, c’est son métier. Être artiste n’est absolument pas incompatible avec la case psychiatrie. Sur un coup de sang, il est arrivé à certain de se trancher l’oreille et, sur un coup de spleen, à un autre de se pendre à une lanterne.

On regrette déjà que des générations d’adolescents furent invitées à lire cette « imposture ». J’en fais partie et, à la dernière ligne, Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing, je me suis reconnue. Rassurez-vous, ma mère était aimante et adorable. Cette phrase, j’aurais pu la jeter à la face de mon institutrice de CE2 :

Merci madame P ! Je suis celle qui marche une vipère au poing.

En effet, cette année-là, j’ai subi ce que l’on nomme à présent un harcèlement continu de la part d’une enseignante qui me haïssait ouvertement. Comme Brasse-Bouillon, j’ai résisté. Cette expérience m’a inspiré une nouvelle figurant dans mon recueil publié aux éditions Auzas.

Si j’ai attisé votre curiosité et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire Coup de grain et à deviner de quelle nouvelle il est question.



 

dimanche 28 septembre 2025

Volatile

Comme la fumée des cigarettes qu’on n’a plus le droit de fumer. Non fumeuse, je regarde pourtant avec nostalgie ces vieux films où Alain Delon s’en grille une dans une salle d’attente d’hôpital. Une hérésie pour notre société aseptisée ! Or ces images sans odeur lèvent le parfum d’une époque sans qu’elles ne nous fassent tousser.

Volatile comme les idées qui vous trottent par la tête et puis s’effacent. Convoquées, elles ne reviennent pas. Les chipies !

Or ce blog se nourrit d’idées depuis plus de 3 ans. Il tourne et se retourne autour de la littérature en général, de la mienne en particulier. Une publication est une aventure en soi. Quant à l’histoire de ma prochaine parution, Lisbonne avait raison, c’est un roman qui s’étale sur 10 ans et plus, tant l’accès aux éditeurs est semé d’embûches. Avec ce roman picaresque, j’aurais tout vu ! Vous le verrez à votre tour quand je commencerai à vous conter par le menu ma Longue Marche.

Mais revenons à la volatilité de l’idée. Les idées constituant la nourriture des romans, je les note dans un cahier pour ne pas qu’elles s’échappent.

Il y a 2 jours j’aurais dû faire la même chose. Une idée pour le blog mais la flemme de l’écrire dans l’illusion que je la retiendrai. Eh bien non ! La coquine s’est envolée. Impossible d’y remettre la main dessus. Hélas, pas de filet à idées à l’image du filet à papillons des enfants de jadis ! Tout ce dont je me souviens d’elle c’est que c’était une idée, sinon géniale, du moins intéressante.

En poésie aussi il faut avoir des idées. Je participe aux réunions du Gué Semoir, club de poètes toulousains qui se réunit une fois par mois sur un thème choisi. Chaque mois je cherche dans mon recueil paru, Mon opium est dans mon cœur, et dans celui en cours d’écriture un poème correspondant. Parfois, j’en écris un pour l’occasion, trop heureuse que l’inspiration ait daigné me frapper. Pour notre rencontre d’octobre, le thème est Enivré. Normal car la rencontre, sur deux jours, combine poésie et dégustations de vins du Quercy.

Depuis longtemps, j’avais dans l’idée d’écrire un poème sur le papier d’Arménie que ma grand-mère maternelle faisait brûler après le repas du dimanche dans la mansarde qu’elle occupait 10 rue-des-36-Ponts. Les maisons, propriété de l’école Montalembert, ont été rasées depuis pour faire place à une façade de verre.

Bonne-Maman est partie en 1987. Des lieux où elle a vécu à Toulouse il ne reste rien, sauf le souvenir et la nostalgie. Alors que rien de ce que je couchais sur le papier n’était à la hauteur de mes émotions, soudain ces vers m’ont foudroyée :

 

Que l’air du temps veuille me rendre

Ce mélange au goût métissé

De l’encens qui se fiance

À la fumée d’insolentes gauloises…

Pour lire la suite suivre la fumée.



mardi 2 septembre 2025

Alerte accidents d’ego

Pouvant conduire à des séquelles permanentes : blessures narcissiques, le miroir est fêlé, une écharde s’est plantée dans l’œil. La représentation de soi en prend un sacré coup.

Les ambitions artistiques constituent un terrain éminemment favorable à de tels accidents. Je l’ai vécu avec mon père incapable de vendre un seul tableau ou une seule sculpture parce qu’il ne savait pas vendre : ce blocage, qu’il m’a transmis, m’a longtemps bloquée derrière la table de dédicace tandis qu’autour de moi ça signait à tour de bras. Jusqu’au jour où je me suis décidée à inverser la tendance : je me suis mise à aborder les gens et à leur parler, bien que ce ne soit pas ma pente naturelle. Ça va mieux depuis, mais je ne me sens pas à l’aise en salon du livre au milieu de la concurrence. Il n’est qu’à relire le dernier article que le sujet m’a inspiré : https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/2025/05/les-divas-du-salon.html

Cette situation, à laquelle je ne m’attendais pas quand je n’étais pas encore publiée, m’a infligé son lot de blessures narcissiques.

J’ai remarqué que le résultat des concours et prix littéraires avait sur d’autres le même effet dévastateur que l’ambiance des salons du livre sur mon moral. De ce point de vue-là, je suis blindée. J’accueille avec joie les récompenses et ne sort pas déprimée du fait de n’être pas primée.

En ce qui concerne l’ego, je tiens à être absolument sincère et à rétablir la vérité. Non, ce n’est pas mon ego qui est vexé comme un dindon quand mes livres ne décollent pas de la table. Je suis meurtrie pour toutes ces entités-livres que j’ai aidé à venir au monde, qu’elles se nomment Diabolo pacte, Coup de grain ou Elwig de l’Auberge Froide. C’est le meilleur de moi-même, mais qui s’est détaché de moi, du MOI. Comme aux enfants, des ailes leur poussent dans le dos. Comme les enfants, nos personnages s’émancipent et n’en font qu’à leur tête sans nous demander notre avis.

Le lecteur ne butine-t-il pas un autre livre que celui que nous avons écrit ?

J’ai mal pour elles, persuadée sur le moment que ce n’est pas moi, mais elles qui sont victimes d’une injustice, d’un déficit de notoriété qui réduit l’auteur à vendre à la criée le meilleur de lui-même.



 

jeudi 14 août 2025

Les Toulousains de Toulouse

Pour un titre, ça c’est un titre. C’est surtout le nom d’une association fondée en 1906, Les Toulousains de Toulouse et amis du vieux Toulouse, ayant pour objet de grouper tous ceux qu’intéressent la beauté de notre ville, ancienne ou moderne…

La société est propriétaire de l’hôtel Dumay qui abrite le musée du vieux Toulouse et publie L’Auta, 10 fois par an. La lecture en est passionnante à qui aime s’entendre conter les évènements et les anecdotes, les personnages et les lieux marquants de notre ville. Par exemple, la mort du docteur Gérard Marchant, le kiosque à musique du Grand Rond. Pour vous donner une idée.

Quel rapport avec mes travaux d’écriture, mettant rarement les pieds à Toulouse dans mes fictions ? Dans mes romans 2 ou 3 fois, si peu dans ma poésie.

Au mois de juin, j’ai présenté Mon opium est dans mon cœur dans une association proche de mon domicile. Une belle après-midi avec projections sur écran et lecture de poèmes, dont mon Toulouse. Des vers qui ont eu l’heur de plaire.

Dans l’assistance, un monsieur prend la parole pour me conseiller de parler de mon recueil aux Toulousains de Toulouse. Je vais donc sur leur site et découvre qu’ils organisent prochainement une visite du Buscat, un beau quartier entre le canal du Midi et le Jardin des Plantes regorgeant de belles demeures. Jusqu’à mes deux ans et demi, j’ai grandi dans l’une d’elles, avenue Crampel, chez mes arrière-grands-parents maternels dont je me souviens très bien. La maison appartenait à Mémé qui en avait hérité d’une parente l’ayant recueillie, orpheline, avec sa mère, veuve. En 1906 elle y a mis au monde Paul, son fils aîné, mon grand-père. Je suis encore nostalgique des massifs de fleurs sur lesquels veillait Bon Papa.

Cette maison a finalement été vendue aux enchères en 1971 pour éviter une mise sous écrou à mon grand oncle, coupable de détournement de fonds vis-à-vis de la société d’assurance dont il était directeur. Mémé avait toujours dit : « Les femmes le perdront ! » Heureusement, elle n’était plus là pour assister au désastre, ni Bon Papa d’ailleurs.

Donc, fraîche adhérente aux Toulousains de Toulouse, je m’inscris à la visite du Buscat avec rendez-vous rue des-36-ponts. Encore un signe : ma grand-mère maternelle, la femme de Paul, habitait au n°10. Le lot, occupé longtemps par l’école privée Montalembert, a été rasé pour laisser la place à des façades de verre. Et voilà le lien avec ma littérature.

La vie de ma grand-mère est un roman que je n’ai pas l’intention d’écrire, encore moins de publier. Je suis seulement en train d’en faire un de sa lignée maternelle, 100% basque, remontant jusqu’à des ancêtres dont je sais si peu que je fais ce que je sais faire : romancer.

Delphine, mon arrière-grand-mère, désireuse de voyager, a finalement quitté Euskal Herria pour se fixer à Toulouse où elle a rencontré Émile, mon arrière-grand-père, peintre décorateur de 10 ans son cadet et dont l’autoportrait projette une ombre tutélaire sur mon écritoire. Pour ressusciter le pays basque d’antan, je me suis plongée dans une profusion d’archives et de livres. J’apprends la langue de mes ancêtres et de mes personnages, certes un basque académique mais qui m’aide à me glisser dans leur peau. Je trouve l’expérience exaltante.

Pour le Toulouse en pleine mutation de la IIIème République, c’est une autre paire de manches. L’occitan est quasi inconnu dans ma famille, à part quelques mots de patois toulousain. Rien de tel que la visite du musée et des quartiers et la lecture de l’Auta pour me mettre dans le bain.

Depuis la terrasse des Galeries Lafayette


 

mercredi 16 juillet 2025

Les Armstrong de la littérature

Des Armstrong il en pousse pléthore aux USA. Comme on dit chez nous, il n’y a pas qu’un âne qui s’appelle Martin.

Parmi la foultitude de Armstrong, deux se détachent du lot, voire du peloton. Le premier, Neil de son prénom, est le premier astronaute à avoir posé le pied sur la lune et réalisé le rêve de Jules Verne (De la terre à la lune), H.G. Wells (Les Premiers Hommes dans la Lune), Georges Méliès (Voyage dans la Lune). Jules en a rêvé en 1865, Neil l’a fait en 1969. Comme dans Tintin, on a marché sur la lune.

Le deuxième Armstrong escaladait sur son vélo les grands cols à la vitesse d’une fusée, laissant sur place ses malheureux poursuivants. Cet Arsmtrong-là se prénommait Lance et, sept années durant, assomma la plus grande course cycliste de la planète Terre, à savoir le Tour de France, et par la même occasion les téléspectateurs. Lance était fort, invincible mais propre. Jusqu’à l’heure de la révélation : dopé et suspecté de dopage mécanique. Dans ce cas ce n’est pas le coureur qui est chargé mais sa monture, en l’occurrence d’un petit moteur bien caché. Il a fallu des années pour déboulonner le tricheur de son piédestal de champion !

Mais pourquoi je vous parle de ces deux Américains ? Quel rapport avec le sujet principal de ce blog, la littérature ?

Un écrivain peut-il être dopé, inspiré par les Paradis artificiels, quand il épanche ses rêves, ses souffrances, ses réflexions sur le page, celle-ci fût-elle de pixels ? Les mots lui sortent des tripes. Est-il publié ou non ? Est-il bankable ou non ? Est-il goncourable ou non ? Il l’ignore mais est en pleine conscience qu’au moment décrire c’est son sang d’encre qui imbibe le papier. La création le rend euphorique : il marche sur les nuages, il fait des bonds sur la lune. Il est NEIL.

Lance, quant à lui, remise de temps à autre le vélo au garage pour se consacrer à l’ambition de toute une vie : l’écriture. Lance est moderne, moins borné que ces écrivains besogneux qui cent fois sur le métier remettent leur ouvrage. Qui se crèvent à travailler l’incipit et la fin, vivent dans la peau de leurs personnages, cisèlent chaque phrase, bref se décarcassent sans savoir si le produit de leur enthousiasme trouvera un éditeur puis des lecteurs.

Alors que Lance, lui, a trouvé la solution qui lui évite bien des affres et lui permet de sortir le vélo plutôt que de rester coincé devant une page blanche ou un écran. Lance fait appel à son nègre virtuel qui n’aura jamais l’idée de le traîner devant les tribunaux : l’intelligence artificielle. Y a qu’à lui demander, elle va pomper partout et pondre quelque chose.

Mais où est le plaisir de la création ? Que ressent-on quand on décroche un titre en trichant ? Je l’ignore, car je ne me suis jamais dopée pour obtenir mes 5 brevets cyclo-montagnards français dans les 5 massifs.

Quant à mes six livres, bientôt sept, ils sont garantis sans IA et sans édulcorant.

Sur les hauteurs de Montgiscard (31)


lundi 16 juin 2025

Livres en rafale

Les chiffres d’Occitanie Livre et Lecture sont impressionnants : en France sortent par jour 313 nouveautés. La mitraillette éditoriale ne s’enraye pas et les libraires sont submergés, ce qui aboutit à un pilonnage de 26 000 tonnes de livres neufs par an.

Sans parler des autoédités, les auteurs publient un livre par an, ce qui m’a amenée à m’interroger sur ce blog à propos d’auteurs connus qui servent et resservent du réchauffé tous les ans. https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/2024/02/ia-ou-hi-han.html

C’est que dans un monde où il faut tirer plus vite que son ombre, les balles fussent-elles d’encre et de papier, l’auteur est sommé de produire à la chaîne pour ne pas sombrer dans l’oubli.

Mais laissons tomber ces lièvres pour nous pencher sur le cas d’une petite tortue qui ne risque pas d’être oubliée dans la mesure où elle n’est pas connue : MOI.

Les chiffres sont implacables : notre tortue bat des records de lenteur.

Cinq ans pour accoucher de Poussière de sable, monument de science-fiction qui, en bout de course, sera balayé par une rafale de refus de la part des éditeurs. Commencée début 2001, les deux premiers volets de la saga seront publiés en 2018 et 2022 par Rroyzz éditions qui mettra la clé sous la porte fin 2002.

Né de la déception et de la rage d’être publiée, Diabolo pacte (le pacte avec le Diable dans le milieu de l’éditions) aura été écrit à la vitesse de l’éclair, moins de 2 ans. Commencé en juin 2005, il verra le jour en août 2009 chez un éditeur qui fera faillite moins de 2 ans plus tard. Il a été réédité en juin 2023 par les éditions d’Avallon. https://claudine-candat-romanciere.blogspot.com/p/diabolo-pacte.html

L’histoire de mon 2ème roman publié, Elwig de l'Auberge Froide, est un roman-fleuve. 4 ans pour écrire une première mouture. Je reçois des refus personnalisés. Le roman intéresse Plon qui trouve le titre très bon. Je suis reçue en avril 2012 à Paris par un éditeur très aimable dont le bureau disparaît sous les manuscrits rescapés de l’écrémage. J’ai retravaillé le roman mais il est définitivement refusé. Je décide alors de bannir le fantastique de l’histoire et de la réécrire de façon réaliste par le biais de la psychogénéalogie. En même temps, j’adresse Elwig de l’Auberge Froide à un éditeur genevois qui ne publie que du roman. Je continue à rédiger la nouvelle mouture quand, en avril 2013, Genève me contacte. En février 2014, mon 2ème roman paraît aux éditions Pierre Philippe, couronnant le résultat de 6 années d’écriture. Or ce roman paru il y a plus de 10 ans est toujours distribué, actif dans le circuit commercial, que ce soit sous format papier ou e-pub.

La sortie de Poussière de sable est marquée par la maladie de ma mère et les deux ans de crise covidiste qui me tiendront loin de la presse et des salons et au bout de laquelle mon éditeur de SF pliera boutique.

Et puis le rythme de mes publications s’accélère. Il faut dire que j’ai poussé à la roue. En 2023, les éditions d'Avallon ressuscitent Diabolo pacte et les éditions Auzas publient Coup de grain, 10 nouvelles inspirées du réel. En 2024, paraît aux éditions Il est Midi un recueil de mes poèmes de jeunesse, Mon opium est dans mon cœur.

En 2025, en août, paraîtra aux éditions du 81 mon septième livre, Lisbonne avait raison, roman historique picaresque : dix ans de travail à remettre plus de cent fois l’ouvrage sur le métier, un parcours tumultueux pour enfin arriver à bon port. Je vous ferai signe quand l’heure viendra d’embarquer à bord.



Cyclistes, je vous hais

Cette fois, le dlog ne parlera pas de littérature, d’éditeurs, de lecteurs, de salons, etc. Je laisserai à d’autres, qui l’ont déjà fait lar...