Claudine Candat, fictions, science-fiction, poésie, blog garanti sans IA

Ce que j'écris, pourquoi, pour qui et les surprises de mon parcours littéraire

mardi 29 septembre 2026

Poussière de sable : le retour

La bonne nouvelle de la rentrée, outre que je détiens la forme olympique, c’est que le blog a été visité durant sa pause estivale. Les temps sont incertains, je ne m’étendrai pas sur le sujet car il faut, coûte que coûte, rester positive d’autant plus quand on a la santé pour sauter les obstacles. Je ne suis pas superwoman non plus. Donc parlons positif.

Il y a peu, m’étant googuelisée en quête de la moindre info récente sur mon humble personne de littératrice, voilà que je lis mon nom sur la  Base de Données Francophone de l'Imaginaire sous cette annonce : Les éditions RroyzZ basées à Yutz, en Moselle, ont publié pendant une dizaine d'années, avant de disparaître assez brutalement fin 2022.

À leur catalogue, beaucoup de titres se rattachant à l'Imaginaire, quelques Grands Anciens au début, vite rejoints (et supplantés) par une foule de jeunes auteurs plutôt orientés "jeunesse", dont la plupart semblent avoir déjà disparu ou être passés à l'auto-édition. A noter quand même la présence de Pierre Stolze, Frédéric Lyvyns ou Philippe Hetzel.

 

Figurent tous les titres avec leurs couvertures publiés par Emmanuel Millet. RroyzZ éditions ont édité les 2 premiers volets de ma saga de science-fiction, Poussière de sable, et ont disparu fin 2022, si bien que les 2 derniers volets restent inédits. Poussière de sable est mon premier essai romanesque. Refusé par les éditeurs, je l’ai mis sous le boisseau et réussi à faire publier Diabolo pacte et Elwig de l’Auberge Froide. Puis j’ai décidé de le mettre en lice sous la forme d’une tétralogie dont sont parus L’épopée euskalienne et les Légendes ourdiniennes. Ce rappel de la BDFI m’a fait l’effet d’un électrochoc : Je rassemble les 4 volets pour soumettre un seul manuscrit aux maisons d’édition spécialisées dans l’imaginaire. En effet je souhaite que me soit ouvert l’accès aux salons et aux librairies spécialisées.

Je suis d’autant plus motivée que, depuis la disparition de mon éditeur, des lecteurs et lectrices me réclame la suite. Leur insistance me touche et m’honore. Donc ich schaffe das, mais pour ça il faut être deux : celle qui écrit et la maison qui veuille bien m’accueillir mes écrits.



dimanche 13 septembre 2026

Blues de rentrée

Je n’ai jamais aimé la rentrée. Enfant, c’était un cauchemar. Je me serais contentée d’éternelles vacances. Mais si je n’avais pas appris à lire et à écrire, je ne serai pas devenue auteuresse et n’aurais pas été publiée, j’aurais donc évité certaines emmerdes, du genre ton éditeur fait faillite, tu te retrouves une main devant une main derrière. Deux fois ça m’est arrivé comme je l’ai raconté en 2022 dans Les livres aussi sont orphelins. Pourvu que ça ne m’arrive pas une 3ème fois ! Ce serait la fin des haricots et le début de la galère : galérer pour placer un nouveau roman après avoir pris une pléthore de portes dans la figure pour un roman historique au final primé, cumulant d’excellents retours de lecture, y compris de libraires ayant pris la peine de s’y plonger. J’ignore si j’aurai encore ce courage ou simplement l’envie.

La rentrée, ce sont aussi les innovations de nos gouvernants qui ne tarissent jamais d’imagination pour nous emmerder. Avec la facturation électronique, c’est un flicage de plus qui s’installe, des gestes chronophages à accomplir, des taxes en plus. Je m’en tiendrai donc à mes royalties amputées des cotisations Urssaf. En plus des faillites enregistrées l’an dernier, de petits entrepreneurs ont déjà annoncé l’arrêt de leur activité. Le piratage récent du site des impôts et de l’Éducation nationale nous promet déjà un enfer préalablement pavé des bonnes intentions en matière de récoltes fiscales. Ne vous demandez surtout pas à quoi est utilisé votre argent !

Sous prétexte de protéger les jeunes, on prévoit de mettre en place le contrôle de tous : présenter ses papiers d’identité pour accéder aux réseaux sociaux. De ma part ce sera Niet et pas seulement à cause du risque de piratage. Je continuerai à communiquer via le blog. Et la bonne nouvelle c’est que durant la pause au cours de laquelle je n’ai partagé de lien nulle part, la fréquentation est restée bonne.

Et à propos de blues, à la rentrée on mettait la blouse !



jeudi 27 août 2026

L’homme providentiel

Chose promise, chose due. Avec du retard, certes, après la pause d’août.

Revenons à la genèse de Lisbonne avait raison et à la question : pourquoi écrire sur le tremblement de terre ? En 2005, j’ai été ébranlée par le fait que dès le 1er novembre 1755, il ait été recherché des causes rationnelles au séisme, faisant fi d’une concordance de date très significative pour l’agenda catholique. Toussaint et fête des morts, rien que ça ! Un article m’est tombé sous les yeux faisant l’éloge de l’homme ayant pendant 18 ans mis ses capacités au service du Portugal, reconstruisant Lisbonne en ruines. C’est en effet la Lisbonne pombaline que nous visitons aujourd’hui. Le 1er novembre 1755, Sebastião de Carvalho e Melo, le futur marquis de Pombal, est secrétaire d’État à la guerre et aux affaires étrangères. Il est seul dans Lisbonne, le roi Joseph 1er et sa cour étant en villégiature à Belem. Seul pour affronter la situation apocalyptique qui va mettre à terre la capitale populeuse du Portugal.

Le séisme d’une magnitude évaluée entre 8,5 et 9 sur l’échelle de Richter est le tremblement de terre le plus violent jamais ressenti en Europe. La 1ère secousse a lieu à 9h40  suivie de 2 autres, ça dure 9 minutes. L’incendie dure 6 jours. Le bilan est terrible : entre 50 000 et 70 000 morts, 100 000 avec les morts indirectes. Il ne faut pas perdre de vue que les édifices de la Baixa sont en bois, que le jour de la Toussaint les bougies et les cierges brûlent sur tous les oratoires et que l’écroulement des cheminées propage le feu. On imagine les morts et les blessés et la terreur du menu peuple quand la terre s’ouvre sous ses pas. Pour échapper aux flammes, les survivants se ruent vers l’estuaire du Tage et assiste à ce phénomène inouïe : l’océan reflue et laisse les bateaux en cale sèche. Dix minutes après, un raz-de-marée avec des vagues jusqu’à 15 mètres de hauteur s’abat sur le port. Le Rossio, en bas, est détruit. Mais Sebastião ne baisse pas les bras et s’attelle dès le premier jour à l’immense tâche qui n’attend que lui :

C’est que le premier serviteur de l’État veut être partout à la fois. Chaque jour, escorté par des hommes en armes, il parcourt Lisbonne à cheval pour se rendre compte de la situation. Fort de ses observations, il ordonne et entend être obéi sur-le-champ : éteindre les feux, enterrer les morts, nourrir les vivants.

Qui est-il ? Issu de la petite noblesse, les portes vers les plus hautes marches se ferment malgré ses qualités : grand, intelligent, doté d’une voix merveilleuse selon les témoignages. Jeune, il enlève celle qui sera sa première épouse, une veuve qui a 10 ans de plus que lui et qui mourra de tuberculose.

À la veille du tremblement de terre, le Portugal, en déclin, dépend économiquement de l’Angleterre. Par un accord commercial de 1703, le royaume est tenu d’importer les textiles anglais. En contrepartie les vins de Porto sont exportés en Angleterre à un tarif inférieur aux vins français. Ne s’agirait-il pas au final d’ em..der les Français ?

Bien sûr, cette partie de la grande histoire est évoquée dans le roman. Je ne remercierai jamais assez Maria Pilar Queralt del Hierro de m’avoir adressé le pdf de la version espagnole de sa biographie du grand homme, Les femmes du marquis de Pombal, parue en portugais. En m’appuyant sur les recherches de l’historienne et écrivain, j’ai pu déployer ma version romancée fondée sur l’Histoire et ma propre originalité.

En 2005, c’est l’admiration que j’ai conçue pour le futur marquis de Pombal qui m’a poussée à écrire. Je me trouvais en effet face à l’archétype du grand homme, c’est-à-dire d’un homme doté de qualités hors du commun auquel il ne manquait que la rencontre avec des circonstances exceptionnelles pour se révéler. En tant que Française, j’ai tout de suite pensé au général de Gaulle en juin 1940.

J’espère avoir attisé votre curiosité, bien sûr pour mes propres écrits, mais aussi pour les romans et les essais de Maria Pilar sans oublier le personnage de l’homme qui a reconstruit Lisbonne.

Le marquis de Pombal


 

 

mercredi 24 juin 2026

Mais comment vous est venue l’idée ?

C’est la question qu’on me pose au sujet de Lisbonne avait raison et sa réponse constituera le premier article que j’écrirai sur le sujet depuis qu’il est publié.

Nous sommes en 2005. Où en était alors ma carrière littéraire ? Elle n’avait pas commencé. Cependant, mes tiroirs virtuels étaient bourrés de manuscrits. Côté roman, je venais d’achever une œuvre monumentale de science-fiction, Poussière de sable, qui m’avait valu des refus en rafale de la part des éditeurs et j’avais commencé mon histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition, Diabolo pacte, grâce auquel je mettrai un pied dans ce foutu milieu.

Un jour j’écoute un champion du monde de course de fond attribuer son titre à Dieu. Plus tard dans la journée je trouve sur la toile un article du Figaro sur le tremblement de terre de Lisbonne du 1er novembre 1755. La date a de quoi marquer les esprits. Or l’article explique qu’à l’époque, après le séisme, on a fait effectuer des sondages pour en connaître les causes dans un esprit tout à fait scientifique. Ces deux informations se sont percutées dans mon esprit : En 2005 on s’en réfère de plus en plus à Dieu, quel que soit la façon qu’on le nomme alors qu’au XVIIIe siècle, dans le très catholique royaume du Portugal, on passait outre le symbolisme de la date correspondant à la Toussaint et au jour des morts. Je me suis dit qu’il était urgent de retourner au siècle des Lumières et j’ai éprouvé la nécessité d’écrire sur le sujet.

J’ai commencé une histoire que j’ai qualifiée de nouvelle. Trois archéologues portugais découvrent sur un chantier de fouilles un ossuaire et un cadavre parfaitement conservé vêtu à la mode du XVIIIe. Je suis auteur de science-fiction et c’est en tant que telle que j’aborde l’histoire. Je viens d’ailleurs de relire les 8 pages A4 que j’avais oubliées et j’avoue les avoir trouvées plutôt bonnes. Modestie, quand tu nous tiens !

C’est plus tard qu’est naît dans mon esprit le personnage de Lorenzo Azzopardi que l’on suit depuis sa naissance à Gênes en 1738 jusqu’à sa vingtième année. Pour la première fois je m’apprêtais à faire vivre, non seulement des personnages de fiction, mais encore les figures qui ont fait l’Histoire. Je m’appliquerai à mettre en scène l’affrontement entre le jésuite Gabriel Malagrida et le futur marquis de Pombal. C’est aussi pour lui que j’ai tenu à écrire ce roman. Pourquoi ? Je répondrai à la question dans le prochain article.

 


vendredi 12 juin 2026

Nicolas, mon premier éditeur a quitté ce monde

plus de dix années après avoir disparu du monde de la littérature qu’il avait longtemps passionnément servi : représentant, libraire, éditeur, puis auteur lui-même avec L’énigme de la Diane. L’Arganier a publié mon premier roman, Diabolo pacte dans sa collection facéties et l’a transformé en un bel objet, soigné, peaufiné, ayant bénéficié des services d’une correctrice free-lance. Nous étions en 2009. Le monde du livre était alors différent : déjà et encore très sélectif, mais tout passait par le libraire. Pas de clause pour acheter des livres moyennant remise et les vendre dans des salons non adossés à des librairies. Je prenais alors les livres chez Privat et remettait au libraire chèques et liquide. Tout un trafic !

Nicolas déplorait que les éditeurs indépendants n’aient pas accès à la presse. En effet, il a fallu que je tombe par hasard, en randonnant à vélo, sur un journaliste de la Dépêche du Midi pour que je passe à la télé. « Il n’y a que la loi qui pourrait changer les choses », disait-il. Les choses n’ont pas changé. Mon 7ème livre est sorti en janvier et toujours pas d’article dans la Dépêche.

À l’époque tout le monde n’avait pas de box et de messagerie. Le 1er avril 2008 Nicolas a simplement choisi de m’appeler sur mon portable qui était fermé parce que je recevais à ce moment-là une agence pour un achat immobilier. J’ai manqué tomber à la renverse en écoutant son message : on m’appelait au sujet de Diabolo pacte. Mon entourage m’a parlé d’un poisson d’avril. C’est dire si on croyait en moi !

Quand la décision fut prise de me publier, Nicolas m’a écrit que L’Arganier était une famille. Il fallait qu’on se voie de visu dès que possible. On m’a éditée sans avoir vu ma tête car la seule occurrence où j’apparaissais alors sur la toile était celle des Fêlés du Grand Colombier, épreuve cyclotouriste dont l’enjeu est de grimper et de descendre les terribles pentes du Grand Colombier dans l’Ain par 3 de ses faces. J’appartiens à cette confrérie et je ne saurai dire s’il est plus ardu d’être publiée à compte d’éditeur que de se payer le Grand Colombier.

Maintenant on rencontre ses éditeurs par visio-conférence. Je doute qu’il y ait la même chaleur.

Si je suis sur Facebook c’est sur ses conseils.

Hélas ! L’aventure n’a pas duré deux ans. L’Arganier déraciné, il a fallu que je reprenne mon bâton de pèlerin virtuel pour placer mon 2ème roman. Une surprise m’attendait en 2022 : les éditions d’Avallon souhaitaient ressusciter mon histoire de pacte avec le Diable dans le milieu de l’édition où je n’avais pas mis les pieds au moment où je l’écrivais. Depuis j’en sais quelque chose d’expérience et j’aurais matière à vous faire rire et pleurer sur le sujet.

Nicolas m’a mis le pied à l’étrier. Ne me restait qu’à enfourcher l’animal pour partir à la rencontre de mon public. Ce que j’ai appris depuis c’est que seul le lecteur détient le pouvoir de transformer une haridelle en pur-sang. Lecteur, tu sais à présent ce qu’il te reste à faire !

Nicolas Grondin



 

 

mardi 19 mai 2026

Label Emmaüs

Courant mai, les éditions Auzas ont procédé à la réimpression de mon recueil de nouvelles, Coup de grain. De l’encre bien fraîche, preuve noir sur blanc que le stock du premier tirage arrive à expiration et que la demande des lecteurs ne s’est pas tarie. Je suis toujours ravie de dédicacer ce recueil vendu au prix modique de 9 €, rassurée quant à l’intérêt du public pour la nouvelle. Le genre a du succès dans les pays anglo-saxons, moins chez nous. Je l’ai découvert pendant mes études d’allemand, dans le texte. Après-guerre, la pénurie de papier était telle de l’autre côté du Rhin que les éditeurs pouvaient difficilement se permettre d’imprimer des pavés. Outre la relative brièveté des textes qui permet d’achever la lecture d’une histoire d’une seule traite, le genre permet de naviguer d’une ambiance, d’un destin à l’autre avec le même ticket à durée illimitée. L’histoire préférée de l’un n’est pas la favorite de l’autre. C’est ce qui me touche à chaque retour de lecture. Ce Coup de grain me suit partout en dédicace, que ce soit en salon du livre ou en librairie. J’ai mes raisons pour cela. La première est d’offrir une expérience de lecture accessible aux hésitants craignant d’embarquer sur les courants d’un roman-fleuve. Un petit tour en compagnie d’Alexander the Great ou d’Agnès B. et de son bonnet d’âne, avec un détour par Triste Trieste, un lancer de Boomerang avec l’adresse d’Un enfant de la balle peuvent donner l’envie de rigoler un bon coup en 300 pages (Diabolo pacte), de franchir des ponts jetés entre la France et l’Allemagne (Elwig de l’Auberge Froide) et surtout de traverser l’Europe du Sud de Gênes à Lisbonne au cours d’un siècle des Lumières écartelé entre obscurantisme et Raison (Lisbonne avait raison). La deuxième part d’un constat plutôt attristant. Il arrive en effet que les romans fassent envie mais qu’on se rabatte sur le recueil pour son prix modique. Baisse du pouvoir d’achat et concurrence des écrans : deux banderilles plantées depuis des années dans des chairs en voie de putréfaction. S’y ajoute le coup de lance fatal : non pas le livre électronique qui suscite un intérêt modéré, mais le marché du livre d’occasion qui pratique des prix imbattables, y compris pour les nouveautés. Un jour de dédicace en librairie un couple est venu à ma table me raconter que le matin même ils avaient acheté toute une bibliothèque pour 15 euros déboursés. Si plus personne n’achète du neuf, du nouveau, je vous laisse deviner l’avenir de la création littéraire. De plus, si vous l’ignorez, sachez que sur l’occasion l’auteur ne touche rien alors qu’il n’est pas mort depuis 70 ans et même qu’il est suffisamment vivant pour constater les dérives du système. Par exemple, une de mes connaissances commande en librairie mon 2ème roman paru en 2014. Le livre arrive, il paye cash 22 euros, ouvre le livre et lit une dédicace que j’ai rédigée de ma blanche main. Conclusion : la librairie n’a pas commandé un livre neuf auprès du distributeur de mon éditeur mais s’est achalandé à prix réduit sur le marché de l’occasion. Je vous laisse juger du processus. J’imagine la tête de mon lecteur ayant lu – avec délectation peut-être - les neuf premières nouvelles du recueil de nouvelles signé de mon nom et avec à l’intérieur le fameux « Label Emmaüs », j’imagine sa tronche quand arrivé à la dernière, La carotte et le pilon, il déchiffre au deuxième paragraphe de la page 178 ces lignes :

Le temps et la crise n’arrangeaient rien. Entre la sortie de mon premier livre et la publication du suivant, la bourse de mes éventuels lecteurs s’était encore aplatie. Les mœurs s’étaient adaptées. Désormais, on se meublait et s’équipait dans les vide-greniers, se fringuait dans les friperies et, naturellement, se cultivait pour pas un rond ou presque dans les boîtes à livres et les vide-bibliothèques.



 

vendredi 1 mai 2026

Cyclistes, je vous hais

Cette fois, le dlog ne parlera pas de littérature, d’éditeurs, de lecteurs, de salons, etc. Je laisserai à d’autres, qui l’ont déjà fait largement, le soin de disserter sur Grasset et les 200 démissionnaires. Je ne reviendrai pas non plus sur les différents éditeurs qui ont fait le choix de me soutenir. Bref, le dlog aboiera et n’empêchera pas le carnaval éditorial de passer ou de trépasser. Dimanche, je dédicacerai à 800 km de Saint-Germain-des-Prés dans un salon convivial qui reçoit un public convergeant vers un patelin du Tarn-et-Garonne portant le nom prédestiné de Molières (avec un s). Quel rapport avec ma vie de locomautrice ? Aucun sinon les réseaux sociaux où je suis depuis que mon premier éditeur m’a conseillé d’y être. Et j’y lis des posts s’étalant sur des guerres en passe de se mondialiser ou bien ridiculement picrocholines. Certaines font pourtant des morts et des infirmes, comme ces chocs entre vélos et autos ou vélos et piétons. C’est déjà malheureux un accident sans ce déferlement de haine qui parcourt les commentaires des réseaux. Je les hais, ai-je lu à propos des cyclistes. De prolo qui allait pointer à l’usine puis se trimbaler jusqu’à la mer pour les vacances, voilà que l’usager du cycle est devenu ce bobo qui frime sur deux roues à assistance électrique ou ce dangereux délinquant qui emmerde autant l’automobilisme que le piéton qu’il emboutit sur les trottoirs. Il y a certes des cyclards, mais toujours autant de chauffards, ces derniers pouvant se prévaloir de l’ancienneté. Je me souviens d’une histoire remontant au siècle dernier, à une époque où on ne risquait pas téléphoner au volant ou au guidon. Les tramways roulaient même dans Toulouse.

Il s’appelait Charles, comme le Grand, plaisantait-il, et vivait avec sa femme, Pauline, et sa fille, Paulette, au rez-de-chaussée d’une maison de l’ancienne place Marengo. Y subsistaient les vestiges de l’école vétérinaire, un atelier où on avait soudé maintes fois la remorque de mon tricycle rouge, un petit café où les platanes s’épanchaient sur les tables et une taverne auvergnate qui servait du cochon. Bref, un endroit charmant où la médiathèque José Cabanis et des immeubles se voulant futuristes n’avaient pas encore poussé. Seule ombre au tableau : les commodités se trouvaient au fond du jardin, les pièces étaient sombres et Paulette, la fille de la maison, avait l’âge de ma grand-mère maternelle. Quand nous remontions d’en ville vers notre HLM de la cité Jolimont, nous nous arrêtions, ma mère et moi, chez Charles, Pauline et Paulette. Charles avait été suffisamment jeune et avenant pour avoir inspiré une passion malheureuse à mon arrière-grand-mère à laquelle il avait préféré Pauline. J’ai bien connu Mémé et Bon-Papa sans pouvoir imaginer ce qu’ils furent avant de sombrer dans la décrépitude. Charles avait d’ailleurs commenté autour de la table où nous étions reçues :

― Les enfants ne peuvent pas comprendre que nous aussi nous avons été enfants.

C’était autour d’un évènement marquant qu’il se plaisait souvent à évoquer : son frère et lui, vêtus tous deux d’une cape rouge, avaient été coursés dans les rues de Pamiers par un taureau échappé de l’abattoir. En ce temps-là, il pouvait courir, n’étant pas encore affligé d’une boiterie chronique. Je le prenais par la main pour lui apprendre à marcher et Charles se prêtait toujours de bonne grâce au jeu. Je croyais en toute innocence pourvoir rééduquer sa pauvre jambe. Un jour, il nous expliqua comment il était devenu infirme.

Il circulait dans Toulouse à vélo. Il l’avait enfourché en toute confiance, ignorant qu’à la fin de la journée il ne serait plus le même.

J’ignore le lieu de l’accident, si ce n’est qu’il découle d’un triptyque fatal : un vélo, un tramway et deux piétonnes. Deux femmes, a précisé Charles, deux piétonnes donc, redoutant de rater le tramway qu’elles avaient en ligne de mire au point de traverser la chaussée sans regarder et en courant. Par contre elles n’ont pas manqué de renverser le malheureux cycliste qui roulait sur sa voie mais, pour son malheur, entre elles et le tramway si convoité. Charles était par terre avec une jambe fracassée que la chirurgie de l’époque n’a pas réussi à réparer. Il était condamné à boiter jusqu’à sa mort, en 1968. Il n’a pas eu le temps d’assister à la chute du Grand du grand Charles.

Vue sur l'ancienne école vétérinaire de Toulouse


 

Poussière de sable : le retour

La bonne nouvelle de la rentrée, outre que je détiens la forme olympique, c’est que le blog a été visité durant sa pause estivale. Les temps...