Ce que j'écris, pourquoi, pour qui et les surprises de mon parcours littéraire

Affichage des articles dont le libellé est Auzas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auzas. Afficher tous les articles

mardi 19 mai 2026

Label Emmaüs

Courant mai, les éditions Auzas ont procédé à la réimpression de mon recueil de nouvelles, Coup de grain. De l’encre bien fraîche, preuve noir sur blanc que le stock du premier tirage arrive à expiration et que la demande des lecteurs ne s’est pas tarie. Je suis toujours ravie de dédicacer ce recueil vendu au prix modique de 9 , rassurée quant à l’intérêt du public pour la nouvelle. Le genre a du succès dans les pays anglo-saxons, moins chez nous. Je l’ai découvert pendant mes études d’allemand, dans le texte. Après-guerre, la pénurie de papier était telle de l’autre côté du Rhin que les éditeurs pouvaient difficilement se permettre d’imprimer des pavés. Outre la relative brièveté des textes qui permet d’achever la lecture d’une histoire d’une seule traite, le genre permet de naviguer d’une ambiance, d’un destin à l’autre avec le même ticket à durée illimitée. L’histoire préférée de l’un n’est pas la favorite de l’autre. C’est ce qui me touche à chaque retour de lecture. Ce Coup de grain me suit partout en dédicace, que ce soit en salon du livre ou en librairie. J’ai mes raisons pour cela. La première est d’offrir une expérience de lecture accessible aux hésitants craignant d’embarquer sur les courants d’un roman-fleuve. Un petit tour en compagnie d’Alexander the Great ou d’Agnès B. et de son bonnet d’âne, avec un détour par Triste Trieste, un lancer de Boomerang avec l’adresse d’Un enfant de la balle peuvent donner l’envie de rigoler un bon coup en 300 pages (Diabolo pacte), de franchir des ponts jetés entre la France et l’Allemagne (Elwig de l’Auberge Froide) et surtout de traverser l’Europe du Sud de Gênes à Lisbonne au cours d’un siècle des Lumières écartelé entre obscurantisme et Raison (Lisbonne avait raison). La deuxième part d’un constat plutôt attristant. Il arrive en effet que les romans fassent envie mais qu’on se rabatte sur le recueil pour son prix modique. Baisse du pouvoir d’achat et concurrence des écrans : deux banderilles plantées depuis des années dans des chairs en voie de putréfaction. S’y ajoute le coup de lance fatal : non pas le livre électronique qui suscite un intérêt modéré, mais le marché du livre d’occasion qui pratique des prix imbattables, y compris pour les nouveautés. Un jour de dédicace en librairie un couple est venu à ma table me raconter que le matin même ils avaient acheté toute une bibliothèque pour 15 euros déboursés. Si plus personne n’achète du neuf, du nouveau, je vous laisse deviner l’avenir de la création littéraire. De plus, si vous l’ignorez, sachez que sur l’occasion l’auteur ne touche rien alors qu’il n’est pas mort depuis 70 ans et même qu’il est suffisamment vivant pour constater les dérives du système. Par exemple, une de mes connaissances commande en librairie mon 2ème roman paru en 2014. Le livre arrive, il paye cash 22 euros, ouvre le livre et lit une dédicace que j’ai rédigée de ma blanche main. Conclusion : la librairie n’a pas commandé un livre neuf auprès du distributeur de mon éditeur mais s’est achalandé à prix réduit sur le marché de l’occasion. Je vous laisse juger du processus. J’imagine la tête de mon lecteur ayant lu – avec délectation peut-être - les neuf premières nouvelles du recueil de nouvelles signé de mon nom et avec à l’intérieur le fameux « Label Emmaüs », j’imagine sa tronche quand arrivé à la dernière, La carotte et le pilon, il déchiffre au deuxième paragraphe de la page 178 ces lignes :

Le temps et la crise n’arrangeaient rien. Entre la sortie de mon premier livre et la publication du suivant, la bourse de mes éventuels lecteurs s’était encore aplatie. Les mœurs s’étaient adaptées. Désormais, on se meublait et s’équipait dans les vide-greniers, se fringuait dans les friperies et, naturellement, se cultivait pour pas un rond ou presque dans les boîtes à livres et les vide-bibliothèques.



 

samedi 11 octobre 2025

Ce que je dois à Hervé Bazin

Décédé en 1996 sur son lieu de naissance, Angers, voilà des lustres qu’il ne faisait plus parler de lui. Est-ce que Vipère au poing est encore étudié au collège ? Je l’ignore. En tout cas je l’ai lu en classe de 3ème.

Aujourd’hui, son auteur est remis en selle à la faveur de l’enquête-évènement d’Émilie Lanez, Folcoche, le secret de Vipère au Poing.

Des images me reviennent en mémoire : la géniale Alice Sapritch dans le rôle de Folcoche, Folle et cochonne, mère indigne martyrisant ses fils, Chiffe et Brasse-Bouillon. Chiffe, comme son sobriquet l’indique, s’écrase au contraire de Brasse-Bouillon qui résiste. Ce dernier n’est autre qu’Hervé Bazin, l’auteur de cette autobiographie à succès, succès aussi phénoménal qu’épouvantable l’anti-héroïne du livre.

Aujourd’hui ce livre se voit qualifié d’imposture. Folcoche ne serait ni une folle ni une cochonne. Par contre, Brasse-Bouillon serait un pervers affabulateur ayant tâté de l’hôpital psychiatrique. Émilie Lanez réhabilite la figure de cette mère, victime d’un féminicide littéraire. Je dirais même plus en osant le terme de matricide littéraire.

Soit. Mais de là à qualifier Vipère au poing d’imposture littéraire voilà un Rubicon que je ne franchirais pas.

Hervé Bazin est avant tout un écrivain, un conteur, et un écrivain a le droit d’écrire ce qu’il est dans la nécessité d’écrire, dût-il commettre des matricides ou des parricides de papier. Il a parfaitement le droit d’inventer, c’est son métier. Être artiste n’est absolument pas incompatible avec la case psychiatrie. Sur un coup de sang, il est arrivé à certain de se trancher l’oreille et, sur un coup de spleen, à un autre de se pendre à une lanterne.

On regrette déjà que des générations d’adolescents furent invitées à lire cette « imposture ». J’en fais partie et, à la dernière ligne, Merci ma mère ! Je suis celui qui marche, une vipère au poing, je me suis reconnue. Rassurez-vous, ma mère était aimante et adorable. Cette phrase, j’aurais pu la jeter à la face de mon institutrice de CE2 :

Merci madame P ! Je suis celle qui marche une vipère au poing.

En effet, cette année-là, j’ai subi ce que l’on nomme à présent un harcèlement continu de la part d’une enseignante qui me haïssait ouvertement. Comme Brasse-Bouillon, j’ai résisté. Cette expérience m’a inspiré une nouvelle figurant dans mon recueil publié aux éditions Auzas.

Si j’ai attisé votre curiosité et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire Coup de grain et à deviner de quelle nouvelle il est question.



 

samedi 8 avril 2023

Des nouvelles de mes nouvelles

Ça bosse fort aux éditions Auzas. Relecture, mise en page avant le BAT (bon à tirer). Bref, la parution de Coup de grain est imminente et c’est une bonne nouvelle. Je profite de ce temps d’attente pour parler de ma relation aux nouvelles, non de l’actualité, mais du genre littéraire : récit court avec chute ou pas chute. Je me soucie peu de ces règles, j’écris à l’instinct.

Dans ce recueil de nouvelles, il en est une datant du siècle dernier. Les autres sont parallèles aux premières tentatives de publication de mes romans. Je les ai bouchonnées, tels des chevaux de course destinés à remporter le jack pot des concours de nouvelles. Mon objectif premier n’était pas de toucher des sous, mais de me faire ouvrir des portes après en avoir reçu une série sur le nez.

Lâchons l’info tout de suite : aucune de mes candidates n’a remporté la palme d’un concours. Cependant, j’ai pris goût à l’exercice, suffisamment pour aligner une dizaine de titres. Si les sujets sont variés, tous ont un point commun, celui d’avoir jailli d’une émotion personnelle, d’ordre privé ou provoqué par la connaissance d’un fait divers. Bref, je n’ai jamais rien écrit de si intime.

En 2022, j’ai au compteur 4 romans publiés et l’immense fierté de recevoir la mention spéciale du jury du concours des Arts Littéraires pour un recueil inédit de mes poèmes, Mon opium est dans mon cœur. Lors du cocktail, 2 personnes des éditions Auzas me racontent qu’elles lisent chaque texte à voix haute. Étant moi-même adepte du gueuloir et du bistrot, comme Flaubert, je suis séduite et téléphone au sujet de mes poèmes. La maison aime certes les poètes mais ne les publie pas mais, par contre, mon recueil de nouvelles pourrait l’intéresser.

J’envoie et reçois plusieurs semaines après une réponse positive. Débute alors un travail très en vue de la publication et, cerise sur le gâteau, un tableau de mon père illustrera la couverture.

En effet, un recueil de nouvelles est, à mon goût, un assortiment de friandises sucrées-salées, douces amères, acidulées, saisi à la flamme de l’inspiration et à même de rassasier les appétits. Comme le roman, la nouvelle raconte de belles histoires. N’est-ce pas là la principal ?

Manuel Candat, En solitaire


 

 

 

 

Label Emmaüs

Courant mai, les éditions Auzas ont procédé à la réimpression de mon recueil de nouvelles, Coup de grain . De l’encre bien fraîche, preuve n...