Après le bilan, je m’en retourne à mon dernier sujet d’actualité : la poésie. Mes poèmes de jeunesse, sous le titre Mon opium est dans mon cœur, a été primé trois fois. Veuillez me pardonner de rabâcher, mais le fait me tient à cœur justement parce que les personnes que ces prix auraient transportées au faîte de la fierté n’étaient plus là pour assister à leur remise ni à la présentation de mon recueil à la demande de clubs de lecture ou de poésie.
Je
pense à mes parents. Ma mère a vécu jusqu’à la sortie du premier volet de Poussière de sable qui lui est dédié,
après la publication de Diabolo pacte
et d’Elwig de l’Auberge Froide. Elle
avait commencé à lire L’épopée
euskalienne dans la belle version imprimée de RroyzZ éditions (hélas
disparue) alors qu’elle était déjà atteinte de la maladie qui l’emporterait
l’année d’après. Par contre, mon père n’a jamais eu la joie de me voir éditée.
Il était trop diminué pour pouvoir lire les manuscrits de Poussière de sable et de Diabolo
pacte.
Ils ont
été mes premiers lecteurs et les premiers à trouver ma poésie… poétique.
Je
pense à Nana, ma grand-mère paternelle, le seul membre de ma famille à avoir eu
des ambitions littéraires, mais sans franchir le pas qui vous enchaîne à la
page blanche. Je dois remonter au siècle passé, à une époque où on n’avait pas
le téléphone et où on apprenait à écrire à la plume sergent-major trempée dans
l’encre. Nana parlait d’écrire sa vie. Elle n’aurait pas eu besoin de forcer le
trait pour en faire un roman.
Par
exemple, avec une autre gamine, à Saint-Béat, petite bourgade au pied des
Pyrénées, elle avait eu l’idée de vider les encriers pour y pisser dedans. Le
lendemain devinez dans quoi les écoliers ont trempé leur plume !
À
l’âge où ma grand-mère pissait dans les encriers, j’écrivais mes premiers
poèmes. Rassurez-vous, je faisais aussi des bêtises. Aujourd’hui je me dis que
c’est elle, cette femme libre formée à l’école de la IIIe République
qui aurait été le plus fière de mes trois prix de poésie. Elle est partie à
l’orée de mon adolescence. Mon enfance avait pris fin, ce vert paradis d’insouciance où le temps lambine, où l’avenir semble
radieux et le présent épargné. Nana disait : C’est la roue qui tourne. Et j’imaginais une fillette assise sur une
roue de moulin à eau, vue dans un livre, et la roue tourne, tourne jusqu’à
l’inclinaison fatale où la malheureuse est projetée dans les flots. Ma roue
prend la mauvaise pente, mais il m’est encore donné de rire, d’écrire et de
chanter mes vers sur une musique intérieure.

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