Ce que j'écris, pourquoi, pour qui et les surprises de mon parcours littéraire

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dimanche 12 avril 2026

Martin, Thomas, Gérard et moi

Parler de livres qu’on a écrits, normal. Parler du livre qu’on est en train d’écrire : l’auteur veut se rassurer. Parler de livres qu’on écrira : l’auteur a de l’avenir. Mais parler d’un livre qu’on voulait écrire et que finalement on n’écrira pas : l’auteur tient à passer pour fou. Dans un but publicitaire, après tout on n’écrit que depuis ses propres failles. Ou alors il est vraiment toqué. N’est-ce pas le propre des artistes ?

Pour en revenir au seul sujet qui vous intéresse, moi, j’ai formé, des années durant, le projet d’écrire une fiction sur un évènement historique qui m’avait marquée et impressionnée : La Guerre des Paysans en Allemagne. Avant même que j’ai commencé à me documenter, j’ai découvert qu’en 2024 Gérard Mordillat avait écrit Les Exaltés. Abandonnant mon projet, j’ai publié une critique sur Babelio :

Il n’est guère étonnant que Gérard Mordillat se soit attaqué à la « Guerre des Paysans en Allemagne » en nous offrant une fiction solidement documentée puisque Friedrich Engels notamment figure dans la bibliographie. Cette révolte qui enflamma les Allemagnes de 1524 à 1526 dépasse le stade de la jacquerie : c’est une révolution et Thomas Müntzer un révolutionnaire. Le peuple, écrasé de corvées et d’impôts, croit voir lever une aube de justice suite à la révolution réformatrice amorcée par Martin Luther. Prêtre catholique, il s’oppose à la munificence de l’Église romaine et à sa vénalité, révélé par le juteux commerce des indulgences. Payez et vous serez lavé de tout péché ! Mais, tandis que Müntzer se défroque et monte au casse-pipe révolutionnaire, Martin Luther prend fait et cause pour les princes et l’ordre établi et exhorte les puissants à anéantir ceux qu’ils traitent d’enragés avec de la paille d’avoine dans la tête.

Faire vivre des personnages historiques : pari réussi pour l’auteur. Je me suis aussi attachée aux personnages de fiction, notamment à Luca, fils naturel d’un pape, et aux deux nonnes défroquées qui retournent au siècle et assureront une descendance tant à Luca qu’à Thomas Müntzer. Un formidable livre d’histoire et d’aventures.

Remontons dans le temps. Je suis étudiante en allemand et j’ai décroché une bourse du ministère des Affaires Étrangères m’autorisant à faire le 1er semestre de ma 2ème année à Stuttgart avec 5 condisciples toulousains. Nos examens de fin d’année doivent se limiter aux oraux car nous sommes dispensés des écrits et des unités de valeur qui y sont rattachées. Nous débarquons en France alors qu’une grève bloque les universités. Les cours n’ont plus lieu et nous apprenons que les étudiants de Stuttgart devront passer, en plus des oraux, tous les écrits. Nous devons rattraper un semestre de cours. Parmi les matières, figure la Reformation (Réforme). Je suis littéralement happée : Martin Luther qui dénonce le système des indulgences jusqu’au schisme qui aboutira à la Réforme, Thomas Müntzer qui prêche la justice sociale, le renversement du système féodal et de tout système inégalitaire, le peuple qui prend la hache et la fourche contre les lances et la cavalerie, et Luther qui prend fait et cause pour les princes et laisse éclater son mépris et sa haine de la populace. Avouez que c’est un sujet puissant mais que je laisse de côté au profit des conflits franco-allemands et de C. G. Jung (Elwig de l’Auberge Froide) et des Lumières dans l’Europe du Sud (Lisbonne avait raison).

Survient en 2020 une série d’évènements inouïs : le Covid 19 sert la mise en place d’un grand confinement, du port du masque en plein air, du pass sanitaire puis vaccinal. Avant que nous ne sortions de 2 mois d’assignation à domicile, l’Académie des Livres de Toulouse demande à ses auteurs d’écrire sur la sortie du confinement. Je sors une nouvelle intitulée D’une guerre l’autre dans laquelle on suit les incarnations des personnages principaux dans trois époques : la 1ère en Allemagne, 5 ans après la Guerre des Paysans ( la belle Gudrun accusée de sorcellerie va subir l’ordalie par l’eau, son frère, qui s’est fait imprimeur en ville, n’est plus là pour la secourir), la 2ème pendant la Première Guerre mondiale (Gaston, ouvrier typo qui a la phobie de l’eau, fraternise dans la tranchée avec le Professeur qui a écrit un essai sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; il finit gazé) et la 3ème en avril 2020 (Gaëlle, étudiante obèse et asthmatique, travaille les week-ends dans un supermarché pour payer sa colocation et rédige un mémoire sur la Guerre des Paysans en Allemagne ; infectée, elle se retrouve en réanimation…) Cet écrit, passé à la trappe, ne fera pas partie du livre publié. Plus tard, je l’intégrerai à un recueil que j’intitulerai La clairière aux fées et six contes germains. J’ai à ce jour cessé de lui chercher un éditeur.

Peut-être que ma passion pour le sujet qui remonte à ma jeunesse ne donnera pas plus que ce conte germain vu la qualité littéraires des Exaltés de Gérard Mordillat. Je suis en outre en plein accord avec lui à propos des deux années qui nous furent imposées au prétexte du covid.

 "Le Covid-19 et le confinement qui nous a été imposé est au niveau mondial un test incroyable de soumission à l'autorité". Gérard Mordillat fait le rapprochement avec les études menées par le sociologue Stanley Milgram sur le consentement à l'autorité, dans les années 50 et 60 aux USA : "Dans le confinement on nous fait obéir à des ordres dont on a aucun moyen de vérifier le fondement, et au nom de la sécurité, nous courbons la tête et nous obéissons, ça ressemble beaucoup à ces expériences, il faut habituer la population à obéir, voilà ce que m'a inspiré ce confinement".

 


 

Martin, Thomas, Gérard et moi

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