Parler de livres qu’on a écrits, normal. Parler du livre qu’on est en train d’écrire : l’auteur veut se rassurer. Parler de livres qu’on écrira : l’auteur a de l’avenir. Mais parler d’un livre qu’on voulait écrire et que finalement on n’écrira pas : l’auteur tient à passer pour fou. Dans un but publicitaire, après tout on n’écrit que depuis ses propres failles. Ou alors il est vraiment toqué. N’est-ce pas le propre des artistes ?
Pour
en revenir au seul sujet qui vous intéresse, moi, j’ai formé, des années
durant, le projet d’écrire une fiction sur un évènement historique qui m’avait
marquée et impressionnée : La Guerre des Paysans en Allemagne. Avant même que
j’ai commencé à me documenter, j’ai découvert qu’en 2024 Gérard Mordillat
avait écrit Les Exaltés. Abandonnant
mon projet, j’ai publié une critique sur Babelio :
Il n’est guère étonnant que Gérard Mordillat
se soit attaqué à la « Guerre des Paysans en Allemagne » en nous
offrant une fiction solidement documentée puisque Friedrich Engels notamment
figure dans la bibliographie. Cette révolte qui enflamma les Allemagnes de 1524
à 1526 dépasse le stade de la jacquerie : c’est une révolution et Thomas
Müntzer un révolutionnaire. Le peuple, écrasé de corvées et d’impôts, croit
voir lever une aube de justice suite à la révolution réformatrice amorcée par
Martin Luther. Prêtre catholique, il s’oppose à la munificence de l’Église romaine et à sa vénalité, révélé
par le juteux commerce des indulgences. Payez et vous serez lavé de tout
péché ! Mais, tandis que Müntzer se défroque et monte au casse-pipe
révolutionnaire, Martin Luther prend fait et cause pour les princes et l’ordre
établi et exhorte les puissants à anéantir ceux qu’ils traitent d’enragés avec
de la paille d’avoine dans la tête.
Faire vivre des personnages
historiques : pari réussi pour l’auteur. Je me suis aussi attachée aux
personnages de fiction, notamment à Luca, fils naturel d’un pape, et aux deux
nonnes défroquées qui retournent au siècle et assureront une descendance tant à
Luca qu’à Thomas Müntzer. Un formidable livre d’histoire et d’aventures.
Remontons
dans le temps. Je suis étudiante en allemand et j’ai décroché une bourse du
ministère des Affaires Étrangères m’autorisant à faire le 1er semestre
de ma 2ème année à Stuttgart avec 5 condisciples toulousains. Nos
examens de fin d’année doivent se limiter aux oraux car nous sommes dispensés
des écrits et des unités de valeur qui y sont rattachées. Nous débarquons en
France alors qu’une grève bloque les universités. Les cours n’ont plus lieu et
nous apprenons que les étudiants de Stuttgart devront passer, en plus des
oraux, tous les écrits. Nous devons rattraper un semestre de cours. Parmi les
matières, figure la Reformation
(Réforme). Je suis littéralement happée : Martin Luther qui dénonce le
système des indulgences jusqu’au schisme qui aboutira à la Réforme, Thomas
Müntzer qui prêche la justice sociale, le renversement du système féodal et de
tout système inégalitaire, le peuple qui prend la hache et la fourche contre
les lances et la cavalerie, et Luther qui prend fait et cause pour les princes
et laisse éclater son mépris et sa haine de la populace. Avouez que c’est un sujet puissant mais que je laisse de
côté au profit des conflits franco-allemands et de C. G. Jung (Elwig de l’Auberge Froide) et des
Lumières dans l’Europe du Sud (Lisbonne
avait raison).
Survient
en 2020 une série d’évènements inouïs : le Covid 19 sert la mise en place
d’un grand confinement, du port du masque en plein air, du pass sanitaire puis
vaccinal. Avant que nous ne sortions de 2 mois d’assignation à domicile,
l’Académie des Livres de Toulouse demande à ses auteurs d’écrire sur la sortie
du confinement. Je sors une nouvelle intitulée D’une guerre l’autre dans laquelle on suit les incarnations des personnages
principaux dans trois époques : la 1ère en Allemagne, 5 ans
après la Guerre des Paysans ( la belle Gudrun accusée de sorcellerie va subir
l’ordalie par l’eau, son frère, qui s’est fait imprimeur en ville, n’est plus
là pour la secourir), la 2ème pendant la Première Guerre mondiale
(Gaston, ouvrier typo qui a la phobie de l’eau, fraternise dans la tranchée
avec le Professeur qui a écrit un essai sur la Guerre des Paysans en
Allemagne ; il finit gazé) et la 3ème en avril 2020 (Gaëlle,
étudiante obèse et asthmatique, travaille les week-ends dans un supermarché
pour payer sa colocation et rédige un mémoire sur la Guerre des Paysans en
Allemagne ; infectée, elle se retrouve en réanimation…) Cet écrit, passé à
la trappe, ne fera pas partie du livre publié. Plus tard, je l’intégrerai à un
recueil que j’intitulerai La clairière
aux fées et six contes germains. J’ai à ce jour cessé de lui chercher un
éditeur.
Peut-être
que ma passion pour le sujet qui remonte à ma jeunesse ne donnera pas plus que
ce conte germain vu la qualité
littéraires des Exaltés de Gérard Mordillat.
Je suis en outre en plein accord avec lui à propos des deux années qui nous
furent imposées au prétexte du covid.

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