Est-ce que vous avez des origines portugaises ? C’est la question qu’on m’a posée lors de mes dédicaces de Lisbonne avait raison. Et pas qu’une fois, ce qui me pousse à écrire ces lignes. Non, je n’ai pas d’ancêtres portugais, mais encore je n’ai jamais mis les pieds ni les roues en territoire lusitanien. Comme s’il était évident qu’on n’écrit que sur ce qu’on connaît, de la même manière qu’en qualité de germaniste j’ai pu imaginer un thriller franco-allemand, Elwig de l’Auberge froide.
L’Espagne,
je connais et j’en ai entendu parler depuis toujours par mon père qui est né et
a grandi à León.
Quand je
me suis penché sur le roman historique que j’avais en tête, j’ai fait naître
mon héros, Lorenzo Azzopardi, à Gênes où je ne suis jamais allé, pour la simple
raison que Gênes est la patrie de Christophe Colomb. En me documentant sur la
partie génoise, je suis tombée sur l’épisode de l’occupation autrichienne et la
légende Gian Battista qui, à 14 ans, prend la tête de la révolte populaire qui
chassera l’envahisseur.
Lorenzo
finit par arriver à Lisbonne, la veille du tremblement de terre du 1er
novembre 1755. Il va sans dire que j’ai dû faire un gros travail de
documentation, d’autant plus que Lisbonne et le Portugal ne font pas partie de
ma culture. Quelle n’a pas été ma surprise en apprenant que l’un des
personnages de mon roman, et de premier ordre puisqu’il s’agit de l’homme
providentiel qui a reconstruit Lisbonne, Sebastião de Carvalho e Melo, futur
marquis de Pombal, avait épousé en seconde noce une duchesse de la haute
noblesse autrichienne, rencontrée à Vienne lors d’une mission diplomatique
auprès de l’impératrice Marie-Thérèse. En voilà un clin d’œil adressé par le
hasard ( ???) à une germaniste plongée dans une univers inconnu d’elle
mais qu’elle a choisi d’explorer et qui me donne l’impulsion d’écrire ces
lignes :
Jamais le couple n’aurait dû quitter Vienne.
Ses filles nées au Portugal sont mortes alors que les aînés, venus au monde à
Vienne, sont toujours vivants. Certes, Sebastião ne supportait pas le climat
continental avec ses hivers interminables et ses courts étés brûlants. Comme
elle garde la nostalgie de tous ces détails précieux qu’elle associe à la mère
patrie, cette Heimat synonyme en son cœur de merveilles à première vue
insignifiantes : l’herbe verte perçant la glace, le chuintement des traîneaux
sur la neige, le ballet joyeux des patineurs sur les étangs gelés, la douceur
du vin chaud agrémenté de cannelle qui vous réchauffe l’âme et le corps !
Jusqu’à l’année dernière, elle pouvait évoquer les charmes de sa patrie devant
la mère du roi du Portugal, autrichienne comme elle…
Et
pour vous faire goûter la manière dont j’ai abordé cette ville où je n’ai
jamais mis mes snikers, il n’est besoin que de mettre ses pas dans ceux de
Lorenzo dès la première page :
Il est trois façons d’aborder une ville, en
soi guère différentes de l’art d’accoster le territoire unique que constitue
chaque personne humaine : de face, de biais ou bien de dos.
C’est de cette manière que Lorenzo fit
connaissance de Lisbonne. S’il était venu de l’Atlantique, la tour de Belém,
dressée au milieu de l’estuaire, lui aurait signifié, du haut de ses coupoles
mauresques, son arrivée imminente. Tel un nouveau-né, il aurait alors glissé en
elle sur les eaux du Tage, le regard ébloui, livré à ses façades exubérantes,
nain écrasé par les sept collines plantées d’églises et de palais. Déjà happé
avant même de poser le pied sur le pavé du Rossio, peut-être que, vaincu sans
envie de lutter, il se serait rendu à ses charmes.
Voilà pour
l’apéritif. J’espère que ces premières lignes donneront l’envie de découvrir la
suite. N’hésitez pas à commenter et à partager, que vous soyez Ibérique ou
Génois, d’Europe et d’ailleurs.

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