Mon rapport à la poésie n’est pas une ligne droite, un canal filant droit balisé par des écluses autorisant la circulation de péniches plus ou moins chargées. J’y suis revenue après une longue éclipse. Ce retour m’a poussée à chercher un éditeur pour mes poèmes de jeunesse, Mon opium est dans mon cœur.
J’approchais
les trente ans et je me croyais définitivement morte à la poésie. Quand j’ai
remué ciel et terre pour être éditée ce n’était pas pour placer du vers, mais
du roman.
Puis,
l’occasion faisant le larron, j’ai tenté des poèmes de circonstances qui ont
plu. Alors j’ai continué. De temps à autre jaillit de ma plume quelque forme
poétique. Le jet. Rien à voir avec le travail de bâtisseur qu’induit le roman.
La
parution de mon recueil m’a valu entre autre l’invitation du poète
franco-suédois, Svante
Svahnström, à son club de poésie qui se réunit un jeudi par mois à la
Maison d’Occitanie à Toulouse.
J’ai
apprécié de déguster les poèmes des autres participants.
Le
dernier jeudi était invitée une poétesse au nom prédestiné qu’il ne lui a pas
toujours été facile de porter, Elisabeth
Aragon, maître ès jeux au sein de l’Académie des Jeux Floraux. Lecture à
haute voix en espagnol et en français. Un régal !
Un
jeune invité que je ne connaissais pas, appelons-le Théo car c’est ainsi qu’il
s’est présenté et a, théâtralement, mis en voix deux poèmes. J’ai reçu deux
coups de poing dans la figure. KO assise.
Parenthèse :
les poèmes des participants, dont ceux d’Elisabeth et de Théo, sont mis en
ligne sur le site du Gué Semoir
alimenté par Svante.
La
réunion s’est achevée par un repas au restau indien. Entre une samossa et un
délice aux mangues nous avons causé… poésie et poètes. Et voilà qu’une
expression et un mode de vie m’interpelle : vivre en poésie. Autour de cette table, la vie de bohême est pour
certains une réalité, aussi tangible que le chômage. Il est vrai qu’un homme
normal, et pourquoi pas une femme ?, peut se passer de manger et de boire
pendant deux jours, de poésie jamais (je cite Charles Baudelaire de mémoire).
Et de me sentir du côté sage de la barrière, moi qui fais une incursion en
poésie entre deux chapitres de roman. La nostalgie m’étreint. Où es-tu,
jeunesse, quand je tissais mes vers sur le rouet du vent et que je me
confectionnais un curriculum rempli de trous ? Non, je ne regrette pas
d’avoir vécu en poésie, sans salaire et sans revenus. Mes impôts et ma CSG en
sont allégés.
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